J’ai décidé de continuer à étudier le site jeannedomremy.fr à travers une analyse critique d’un autre article, intitulé Quand et où Jeanne d'Arc est-elle née ? La date de naissance de Jeanne d'Arc - Etat des recherches historiques. Cette analyse fait l’objet de plusieurs publications successives.
Les autres articles s'intitulent :
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| Date de naissance de la Pucelle d'après le seigneur de Rotselaer |
Le témoignage du seigneur de Rotselaer, rapporté par le greffier de la Chambre des comptes du Brabant :
Notre auteur invoque le témoignage du seigneur de Rotselaer, transmis par le greffier de la Chambre des comptes du Brabant :
« Le greffier de la Chambre des comptes du Brabant reçut alors une lettre en latin du seigneur de Rotselaer, datée de Lyon du 22 avril 1429, qu’il inscrit dans son registre avec une mention en français :
“Postérieurement, il écrit sur la relation de ce même seigneur qu’une jeune fille originaire de Lorraine, du nom de Jehanne, âgée de dix-huit ans ou environ, se trouva près du roi et qu’elle délivrerait Orléans et mettrait les Anglais en fuite ; qu’elle-même serait blessée d’un trait devant Orléans, mais qu’elle ne pourrait pas ; que cet été le roi serait couronné à Reims, et lui a dit plusieurs autres choses, dont le roi a gardé le secret.”
Le texte de ce témoignage semble être le même que celui de Perceval de Cagny, écrit postérieurement. Une indication pour une naissance de la Pucelle entre septembre 1409 et septembre 1410 n’est pas vraisemblable pour nous. Nous ne pouvons pas recouper cette plage de dates avec les éléments historiques en notre possession issus des procès de Toul et de Rouen. Pour cela, ce témoignage, comme celui de Perceval de Cagny, n’est pas crédible ».
Commentaires :
Ce document mérite davantage d’attention que ne lui en accorde notre auteur. La lettre de Rotselaer est datée du 22 avril 1429 : l’information qu’elle transmet est donc contemporaine de l’entrée de Jeanne dans la vie publique et antérieure à la délivrance d’Orléans.
Il convient certes de préciser qu’il ne s’agit pas d’un témoignage oculaire direct sur l’âge de Jeanne : Rotselaer relaie une information qui lui a été rapportée. Mais cela ne retire rien à un élément essentiel : nous sommes en présence d’une information datée, circulant au printemps 1429, et non d’un souvenir reconstruit plusieurs décennies plus tard.
Or cette information décrit Jeanne comme une jeune fille de Lorraine, nommée Jehanne, « âgée de dix-huit ans ou environ », se trouvant auprès du roi.
Une première difficulté : le calcul de notre auteur ne correspond pas à son propre texte
C’est ici que le raisonnement de notre auteur devient difficile à suivre.
Une personne âgée de dix-huit ans environ en avril 1429 serait née, par simple calcul, autour de 1410-1411. La formule « ou environ » interdit naturellement toute précision excessive, mais elle ne transforme pas dix-huit ans en dix-neuf ou vingt ans. Dès lors, on ne voit pas comment notre auteur peut tirer de ce témoignage une naissance située entre septembre 1409 et septembre 1410.
Cette fourchette est la même que celle qu’il attribue au témoignage de Perceval de Cagny, avec un raisonnement tout aussi incompréhensible. Il y a donc déjà, avant même toute discussion sur la crédibilité du document, un problème dans l’exploitation chronologique qu’en fait notre auteur.
Pris pour ce qu’il dit — et seulement pour ce qu’il dit — le document oriente vers une naissance autour de 1411, avec la marge d’incertitude qu’impose évidemment l’expression « ou environ ».
Les procès de Toul et de Rouen ne permettent pas d’écarter ce témoignage
Notre auteur rejette ensuite Rotselaer au motif que cette indication d’âge ne pourrait être « recoupée » avec les éléments issus des procès de Toul et de Rouen. Mais cette objection repose précisément sur des prémisses que nous avons déjà examinées et mises en défaut.
Concernant le procès de Toul, nous avons montré que les sources disponibles établissent l’existence d’une affaire matrimoniale devant l’officialité, mais ne prouvent ni que Jeanne ait comparu seule, ni qu’elle ait dû être âgée de vingt ans pour le faire. La démonstration contraire repose notamment sur des coutumes de Metz de 1601 et de Toul de 1747, projetées rétrospectivement sur une affaire de 1428. Surtout, elle confond majorité civile et capacité matrimoniale canonique : une cause de mariage portée devant une officialité ecclésiastique n’obéissait pas aux mêmes règles qu’une procédure civile ordinaire.
Voir : Date de naissance de la Pucelle basée sur le procès de Toul.
Le procès de Rouen ne fournit pas davantage le point fixe chronologique que notre auteur prétend y trouver. Nous avons notamment montré que les « sept ans passés » évoqués par Jeanne le 27 février 1431 se rapportent naturellement au moment où elle parle, c’est-à-dire à février 1431, et non à sa première démarche auprès de Robert de Baudricourt en mai 1428. Reporter arbitrairement ces sept années à 1428 permettait à notre auteur d'obtenir une naissance vers 1407-1408 ; mais ce repère chronologique n’existe pas dans le texte du procès.
En rapprochant, au contraire, les treize ans environ auxquels Jeanne situe ses premières voix et les sept années écoulées au moment de son interrogatoire de 1431, on aboutit à un âge d’environ vingt ans en 1431, donc à une naissance située autour de 1410-1411. Cette estimation est d’ailleurs proche de sa déclaration initiale selon laquelle elle avait « à peu près dix-neuf ans, à ce qu’il lui semble ».
Voir : Date de naissance de la Pucelle basée sur son propre témoignage.
Plus largement, notre examen des procès de 1431 et de 1455-1456 a montré que les indications d’âge qu’ils contiennent sont multiples et approximatives et qu’elles conduisent, selon les éléments retenus, à une fourchette beaucoup plus large, approximativement comprise entre 1406 et 1412. Ces procès ne permettent donc certainement pas de transformer la période 1407-1408 en référence chronologique intangible à laquelle toutes les autres sources devraient obligatoirement se conformer.
Voir : Date de naissance de la Pucelle basée sur les procès de 1431 et 1455.
Dès lors, le raisonnement employé contre Rotselaer devient circulaire : notre auteur fixe d’abord une chronologie à partir d’une interprétation contestable de Toul et de Rouen, puis déclare non crédibles les sources qui ne correspondent pas à cette chronologie.
Ce n’est plus la source qui permet d’établir l’hypothèse ; c’est l’hypothèse préalable qui décide quelles sources seront admises ou rejetées.
La proximité avec Perceval de Cagny ne suffit pas à invalider Rotselaer
Notre auteur ajoute que le texte de Rotselaer « semble être le même que celui de Perceval de Cagny, écrit postérieurement ».
Mais cette observation, à supposer la proximité textuelle établie, ne démontre rien quant à l’inexactitude de l’âge indiqué.
Bien au contraire, la chronologie doit être respectée : la lettre de Rotselaer est datée du 22 avril 1429, tandis que le texte de Perceval de Cagny est postérieur. Une similitude entre les deux peut révéler la circulation d’une même information, l’existence d’une tradition commune ou une dépendance entre les récits. Elle ne permet certainement pas de déclarer faux le document le plus ancien simplement parce qu’un texte ultérieur présente une formulation voisine.
Il faudrait, pour écarter Rotselaer, démontrer que l’information qu’il transmet est erronée. Notre auteur ne le fait pas.
Conclusion
Le témoignage de Rotselaer ne permet évidemment pas de fixer à l’année près la naissance de Jeanne. Mais rien ne justifie de l’écarter parce qu’il contrarie une chronologie préalablement choisie.
Datée du 22 avril 1429, cette source rapporte qu’une Jeanne alors proche du roi était âgée de « dix-huit ans ou environ ». Prise dans son sens le plus simple, cette indication oriente vers une naissance autour de 1410-1411, et non vers la fourchette septembre 1409-septembre 1410 que notre auteur lui attribue sans l’expliquer.
Surtout, l’argument invoqué pour la disqualifier — son incompatibilité supposée avec Toul et Rouen — ne tient plus dès lors que les conclusions tirées de ces deux procès ont elles-mêmes été mises en défaut. Rejeter Rotselaer parce qu’il ne confirme pas une chronologie construite à partir de ces interprétations revient donc à raisonner à l’envers : au lieu de confronter l’hypothèse aux sources, on sélectionne les sources en fonction de l’hypothèse.

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