J’ai décidé de continuer à étudier le site jeannedomremy.fr à travers une analyse critique d’un autre article, intitulé Quand et où Jeanne d'Arc est-elle née ? La date de naissance de Jeanne d'Arc - Etat des recherches historiques. Cette analyse fera l’objet de plusieurs publications successives.
Dans un premier temps, nous allons tenter de comprendre la vision de l'auteur relative à l'interprétation des dates associées aux contemporains de Jeanne d'Arc :
« Au XVe siècle, l’année commençait à Pâques, en suivant le calendrier Julien ou encore suivant l’ancien style comme on dit aussi. Le calendrier julien fut d'utilisation commune en Europe et en Afrique du Nord depuis l'Empire romain jusqu'en 1582, lorsque le pape Grégoire XIII promulgua le calendrier dit grégorien. Cette réforme était rendue nécessaire par l'excès de jours intercalaires du système julien par rapport aux saisons astronomiques. En 1582, il était décalé de dix jours par rapport au Soleil. Il en résultait un déplacement de plus en plus important vers l'été de la date de Pâques, fête du printemps et du renouveau, fondamentale dans le calendrier liturgique romain.Les intéressés étant susceptibles d’apprécier leur âge de millésime en millésime, il existe de ce fait un élément de confusion assez malaisé à rectifier quand on passe du calendrier Julien au calendrier Grégorien.Tous les auteurs ou historiens de manuels scolaires ont pris l’habitude d’apporter un correctif dans le millésime des évènements survenus entre le 1er janvier et le jour de Pâques.Par exemple, la Pucelle a entrepris le 23 février 1429 son voyage vers Chinon où elle est arrivée le 06 mars 1429. Mais ses contemporains relatent son arrivée le 06 mars 1428, à la fin de l’année 1428, puisque l’année 1429 a commencé trois semaines plus tard, le 27 mars.Dans le calendrier Julien le premier mois de l’année était originairement celui de mars, de sorte que le mois de décembre était le dixième (comme son nom l’indique), celui de janvier le onzième, etc. De plus, au Moyen-Age, le millésime ne change pas le premier mars mais le jour de Pâques. La fête de Pâques étant elle-même une fête mobile qui peut intervenir entre le 22 mars et le 25 avril.Le nouveau style dit Grégorien est intervenu le 1er janvier 1564.La matière est précise mais ne change pas les fondamentaux de la recherche historique. Ces observations montrent néanmoins, les difficultés générales que l’on rencontre pour toute recherche sur la période de la fin du Moyen-âge, et qui se présentent également au sujet de la naissance de la Pucelle.Nous remarquons aussi, que les auteurs modernes ne savent pas lire les chroniques avec toute l’attention nécessaire. Le champion dans ce domaine est Jacques Cordier qui est incapable de donner une date exacte à partir du texte d’une chronique. Ce dernier ne tient pas compte du mois de telle ou telle année, ce qui a quand même son importance. Nous avons systématiquement avec lui au moins une année de décalage et même dans certains cas deux années. Cet auteur éloigne donc systématiquement la date de naissance de la Pucelle vers les années 1409 à 1411 en utilisant systématiquement le calendrier Grégorien.Quand Cordier spécifie que Jeanne arrive à Chinon en 1429 (calendrier Grégorien), nous sommes encore en 1428 en calendrier Julien puisque nous sommes un 25 février. Dans le cas de la chronique de Monstrelet l’âge de la jeune fille est fixé à vingt ans environ, donc situe, pour nous, sa date de naissance entre septembre 1407 et septembre 1408 en calendrier Julien ! Cette date qui s’étalonne donc entre fin septembre 1407 et fin septembre 1408 est compatible avec la naissance le 10 novembre 1407 de la fille d’Isabeau de Bavière ».
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| Calendriers anciens et modernes |
Commentaires :
L’auteur semble confondre deux modifications chronologiques distinctes, qui relèvent de problèmes différents.
1. Le passage de l’ancien style au nouveau style
Il ne s’agit pas d’un changement de calendrier au sens astronomique, mais d’un changement dans la manière de faire commencer l’année civile.
Au Moyen Âge, selon les lieux et les usages, l’année ne commençait pas toujours le 1er janvier. En France, elle pouvait notamment commencer à Pâques, à Noël, au 25 mars, etc. Dans les régions utilisant le style de Pâques, les dates comprises entre le 1er janvier et Pâques appartenaient encore au millésime précédent.
Ainsi, une date que nous écrivons aujourd’hui 6 mars 1429 pouvait être notée par un contemporain 6 mars 1428, non parce qu’il utilisait le calendrier julien plutôt que le calendrier grégorien, mais parce que l’année 1429 n’avait pas encore commencé selon son style de datation.
Le nouveau style, généralisé en France par l’édit de Roussillon de 1564, a fixé le début de l’année au 1er janvier. Pour convertir certaines dates anciennes exprimées selon le style de Pâques, il faut donc parfois corriger le millésime : les dates situées entre le 1er janvier et Pâques doivent être rapportées à l’année suivante dans notre système moderne.
2. Le passage du calendrier julien au calendrier grégorien
Il s’agit d’un autre problème. Le calendrier grégorien, promulgué en 1582, corrigeait le décalage accumulé par le calendrier julien par rapport à l’année solaire. Cette réforme a entraîné une suppression de plusieurs jours dans le calendrier : dix jours en 1582 dans les pays qui adoptèrent immédiatement la réforme.
Ce changement porte donc sur le compte des jours, non sur le début de l’année. Il ne fait pas passer une date de 1429 à 1428. Il peut seulement, lorsqu’on convertit rétrospectivement une date julienne en date grégorienne proleptique, produire un décalage de quelques jours.
Il est donc impropre d’écrire qu’une date de février ou mars 1429 “en calendrier grégorien” serait encore en 1428 “en calendrier julien”. La différence entre 1429 et 1428 relève de l’ancien ou du nouveau style de millésime ; la différence entre calendrier julien et calendrier grégorien relève, elle, d’un décalage de jours.
Autrement dit, dans l’exemple de Jeanne arrivant à Chinon, le problème n’est pas :
1429 grégorien = 1428 julien,
mais plutôt :
6 mars 1429 selon notre style moderne de l’année commençant au 1er janvier = 6 mars 1428 selon un ancien style où l’année commence à Pâques.
Reprenons maintenant l’exemple donné par l’auteur :
« Nous remarquons aussi, que les auteurs modernes ne savent pas lire les chroniques avec toute l’attention nécessaire. Le champion dans ce domaine est Jacques Cordier qui est incapable de donner une date exacte à partir du texte d’une chronique […] Quand Cordier spécifie que Jeanne arrive à Chinon en 1429 (calendrier Grégorien), nous sommes encore en 1428 en calendrier Julien puisque nous sommes un 25 février. Dans le cas de la chronique de Monstrelet l’âge de la jeune fille est fixé à vingt ans environ, donc situe, pour nous, sa date de naissance entre septembre 1407 et septembre 1408 en calendrier Julien ! Cette date qui s’étalonne donc entre fin septembre 1407 et fin septembre 1408 est compatible avec la naissance le 10 novembre 1407 de la fille d’Isabau de Bavière ».
Cette analyse appelle plusieurs remarques :
Lorsque Cordier indique que Jeanne arrive à Chinon en 1429, il ne raisonne pas nécessairement en « calendrier grégorien ». Il utilise simplement le nouveau style, c’est-à-dire notre manière moderne de faire commencer l’année au 1er janvier. Ce choix est parfaitement légitime pour un historien moderne, à condition qu’il soit clair.
Inversement, si l’on raisonne selon l’ancien style, et plus précisément selon un style où l’année commence à Pâques, une date située en février ou en mars 1429 "nouveau style" peut effectivement être notée 1428 "ancien style". Mais cela n’a rien à voir avec le calendrier julien ou grégorien : il s’agit seulement du millésime de l’année.
Dans la chronique de Monstrelet, l’âge de la jeune fille est fixé à vingt ans environ. Si l’on rapporte cette indication à l’arrivée de Jeanne à Chinon, que d’autres sources situent en février 1429 "nouveau style", on peut donc dire, selon le style de datation choisi, qu’elle avait environ vingt ans :
- en 1428 "ancien style", si l’on conserve le style de l’année commençant à Pâques ;
- ou en 1429 "nouveau style", si l’on adopte l’usage moderne de l’année commençant au 1er janvier.
Mais dans aucun cas cela ne justifie la conclusion de l’auteur selon laquelle la naissance devrait se situer « entre fin septembre 1407 et fin septembre 1408 ».
Si l’on suppose, par pure hypothèse, que Jeanne avait exactement vingt ans lors de son arrivée à Chinon (ce que le mot « environ » interdit déjà de faire avec certitude), le calcul devrait être le suivant :
- En nouveau style, Jeanne arrivant à Chinon en février 1429, une personne qui aurait eu exactement vingt ans à cette date serait née en février 1409. Si l’on raisonne plus largement, sans connaître le jour exact de son anniversaire, sa naissance se situerait autour de 1408-1409, selon qu’elle avait déjà eu ou non vingt ans.
- En ancien style, si l’on considère que février 1429 "nouveau style" correspond encore à l’année 1428 "ancien style", alors vingt ans plus tôt on se trouve en 1408 "ancien style". Mais l’année 1408 "ancien style", dans un système où l’année commence à Pâques, ne correspond pas à septembre 1407 – septembre 1408. Elle s’étend approximativement de Pâques 1408 à la veille de Pâques 1409, selon la date exacte de Pâques cette année-là.
Ainsi, même en suivant le raisonnement de l’auteur et en adoptant l’ancien style, la conclusion correcte ne serait pas :
naissance entre fin septembre 1407 et fin septembre 1408,
mais plutôt :
naissance autour de 1408 "ancien style", soit approximativement entre Pâques 1408 et Pâques 1409 selon le style de Pâques, ou autour de février 1408 "ancien style" si l’on calcule strictement vingt ans lors de son arrivée à Chinon.
Le passage à une fourchette allant de septembre 1407 à septembre 1408 est donc inexpliqué. Il ne résulte ni du passage de l’ancien style au nouveau style, ni du passage du calendrier julien au calendrier grégorien. Il semble introduire arbitrairement un repère en septembre qui n’apparaît pas dans les faits invoqués, puisque l’arrivée à Chinon est située en février/mars, non en septembre.
Enfin, l’argument est encore affaibli par l’expression « vingt ans environ ». Une telle formule ne permet pas de fixer une date de naissance à l’année près, et encore moins de la faire coïncider avec une date précise comme le 10 novembre 1407. Elle indique seulement une approximation d’âge, qui ne saurait servir de fondement solide à une démonstration chronologique aussi précise.
En résumé, l’auteur commet ici une double erreur : il confond d’abord le calendrier julien/grégorien avec l’ancien/nouveau style de millésime ; puis il tire de cette confusion une fourchette de naissance, septembre 1407–septembre 1408, qui ne découle d’aucune des règles chronologiques qu’il invoque.

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