J’ai décidé de continuer à étudier le site jeannedomremy.fr à travers une analyse critique d’un autre article, intitulé Quand et où Jeanne d'Arc est-elle née ? La date de naissance de Jeanne d'Arc - Etat des recherches historiques. Cette analyse fait l’objet de plusieurs publications successives. Les articles précédents s'intitulent :
Ancien et nouveau styles : le choix dans la date
Date de naissance de la Pucelle basée sur les procès
Dans cette publication, nous allons examiner ce que notre auteur présente comme une première preuve « imparable » d’une naissance de Jeanne entre mai 1407 et mai 1408. Cette preuve serait tirée du procès en condamnation.
L’auteur expose ainsi son raisonnement :
« Lors de la seconde audience de son procès, le 22 février 1430 — calendrier julien, soit 1431 en nouveau style —, elle déclare qu’elle avait treize ans lorsqu’elle a entendu des voix pour la première fois. Elle le confirme le 24 février en disant “treize ans ou environ”, et le 27 février elle affirme que, lorsqu’elle s’est rendue pour la première fois à Vaucouleurs, il y avait bien sept ans que sainte Catherine et sainte Marguerite l’avaient prise sous leur protection. Elle avait donc au moins vingt ans en mai 1428, date de sa première démarche auprès de Baudricourt. Nous retenons une fourchette de dates crédible entre mai 1407 et mai 1408 ».
Commentaires :
Une lecture attentive de l’audience du 27 février montre immédiatement que ce raisonnement pose problème. L’erreur porte sur l’interprétation des « sept années » mentionnées par Jeanne.
Contrairement à ce qu’affirme l’auteur, ces sept années ne se rapportent pas à sa première démarche auprès de Robert de Baudricourt, en mai 1428. Elles renvoient au moment même où Jeanne parle, c’est-à-dire à l’audience du 27 février 1431.
Le texte latin du procès est le suivant :
« Interrogata, quomodo bene cognoscit unam [ab] altera : respondit quod cognoscit eas per salutationem quam ei faciunt. Dixit etiam quod bene sunt septem anni elapsi, quod ipsam acceperunt gubernandam. Dixit etiam quod illas Sanctas per hoc cognoscit quod se nominant ei. »
On peut le traduire littéralement ainsi :
« Interrogée sur la manière dont elle distingue bien l’une de l’autre, elle répondit qu’elle les reconnaît à la salutation qu’elles lui font. Elle dit aussi qu’il y a bien sept ans passés qu’elles l’ont prise sous leur conduite. Elle dit encore qu’elle reconnaît ces saintes parce qu’elles se nomment à elle. »
La formule latine bene sunt septem anni elapsi signifie bien : « il y a bien sept ans passés ». Elle renvoie donc naturellement au présent de l’interrogatoire, non à une date antérieure comme celle de la première démarche auprès de Baudricourt.
Autrement dit, le texte ne permet nullement d’affirmer que sept années s’étaient déjà écoulées en mai 1428. Cette date est introduite par notre auteur dans le raisonnement ; elle n’est pas donnée par la source.
Dès lors, l’argument chronologique s’effondre. Les sept années mentionnées par Jeanne ne se comptent pas entre ses premières voix et son voyage à Vaucouleurs ; elles se comptent depuis l’audience de février 1431.
Si Jeanne déclare alors que sainte Catherine et sainte Marguerite l’ont prise sous leur conduite depuis environ sept ans, l’indication renvoie plutôt aux alentours de 1424. Combinée avec l’affirmation selon laquelle elle aurait entendu ses premières voix vers treize ans, cette donnée conduit à une naissance approximative autour de 1411, et non entre mai 1407 et mai 1408.
Cette estimation est d’ailleurs cohérente avec une autre déclaration de Jeanne, au début du procès, lorsqu’elle pense avoir « à peu près dix-neuf ans, à ce qu’il lui semble ».
Conclusion
L’auteur ne tire donc pas une conséquence du texte : il y introduit un repère chronologique qui ne s’y trouve pas.
Son raisonnement repose sur un déplacement discret mais décisif : il rattache les « sept années » à mai 1428, alors que la source les rattache naturellement au moment de l’interrogatoire, en février 1431.
Ce n’est donc pas une preuve « imparable » d’une naissance entre 1407 et 1408, mais un contresens chronologique. L’argument, présenté comme décisif, repose en réalité sur une lecture forcée du procès.

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