J’ai décidé de continuer à étudier le site jeannedomremy.fr à travers une analyse critique d’un autre article, intitulé Quand et où Jeanne d'Arc est-elle née ? La date de naissance de Jeanne d'Arc - Etat des recherches historiques. Cette analyse fait l’objet de plusieurs publications successives.
Les autres articles s'intitulent :
Dans cette publication, nous allons examiner ce que notre auteur présente comme la preuve d’une naissance de Jeanne entre 1406 et 1407.
Le témoignage oral d’Isabelle Girardin :
Notre auteur invoque le témoignage d’Isabelle — ou Zabillet — GIRARDIN lors du procès en réhabilitation :
« Le témoignage oral d’Isabelle Girardin indique qu’elle avait 50 ans en 1456. Jeanne était marraine du fils d’Isabelle, Nicolas. On peut déduire du témoignage de ce témoin que Jeanne avait à peu près le même âge qu’elle. Nous serions donc sur une date entre 1406 et 1407, excluant la date de 1412, trop lointaine. »
Commentaires :
Ce raisonnement et cette conclusion sont proprement extravagants ! Le témoignage d’Isabelle Girardin nous apprend seulement deux choses : qu’elle avait environ cinquante ans en 1456 et que Jeanne fut la marraine de son fils Nicolas. Rien de plus. Il ne contient pas la moindre indication permettant d’affirmer que les deux femmes étaient du même âge, ni même d’âges voisins.
Le raisonnement repose donc sur une pure invention : parce que Jeanne était la marraine du fils d’Isabelle, elle aurait nécessairement eu à peu près l’âge de la mère. Une telle règle n’a jamais existé. Une marraine pouvait être plus jeune, plus âgée ou du même âge que les parents de l’enfant. La relation de parrainage ne constitue en aucune manière un instrument de datation.
Notre auteur transforme ainsi un simple lien social en indice chronologique, puis cet indice imaginaire en preuve historique. Le procédé est aussi arbitraire que circulaire : il suppose d’abord une proximité d’âge qu’aucune source n’atteste, puis utilise cette supposition pour conclure à une naissance de Jeanne vers 1406-1407.
Il ne s’agit donc pas seulement d’une interprétation fragile, mais d’un raisonnement manifestement orienté. Le témoignage est neutre ; seule la conclusion qu’on lui impose ne l’est pas. Parmi toutes les possibilités compatibles avec le texte, notre auteur retient exclusivement celle qui sert sa chronologie pré-établie.
Objectivement, le témoignage d’Isabelle Girardin ne permet de fixer aucune année de naissance pour Jeanne. Il établit seulement que celle-ci entretenait avec Isabelle et sa famille une relation suffisamment proche pour être choisie comme marraine de Nicolas. Prétendre en tirer une datation précise relève moins de l’analyse historique que de la fabrication d’un argument.
Conclusion
Ce témoignage n’exclut nullement une naissance en 1412. Il ne permet pas davantage de privilégier les années 1406-1407. Il ne fournit, en réalité, aucun élément chronologique exploitable sur l’âge de Jeanne.
À force de vouloir découvrir des preuves là où les sources n’en offrent pas, notre auteur finit par fabriquer lui-même des indices nécessaires à sa démonstration.
Disciple de Jean Bancal, il semble surtout avoir retenu de son maître l’art de construire des raisonnements qui portent admirablement bien son nom.

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