Article épinglé

GENEALOGIE DESCENDANTE DE LA FAMILLE DE JEANNE D'ARC : MA VERSION

vendredi 18 septembre 2026

Date de naissance de la Pucelle d'après le greffier-trésorier de La Rochelle

J’ai décidé de continuer à étudier le site jeannedomremy.fr à travers une analyse critique d’un autre article, intitulé Quand et où Jeanne d'Arc est-elle née ? La date de naissance de Jeanne d'Arc - Etat des recherches historiques. Cette analyse fait l’objet de plusieurs publications successives.

Les autres articles s'intitulent :

Dans cette publication, nous allons examiner ce que notre auteur présente comme un témoignage non fiable : celui du greffier-trésorier de la Rochelle.

Date de naissance de la Pucelle d'après le greffier-trésorier de La Rochelle

Le témoignage littéraire du greffier-trésorier de La Rochelle :

Notre auteur invoque le témoignage du greffier-trésorier de La Rochelle, un récit attribué au XVe siècle, mais dont l’original a disparu. Le texte ne nous est connu que par une copie tardive réalisée par l’échevin rochelais Amos Barbot et publiée en 1886 par le sieur d’Aussy. Cette transmission indirecte impose évidemment la prudence, d’autant que le récit comporte plusieurs erreurs de dates, de lieux et de circonstances.

Le passage consacré à Jeanne est le suivant :

« L’an de grâce 1429 fut maire de La Rochelle honorable homme sire Hugues Guibert. Item, le 23e jour dudit mois de février, vint devers le roi notre sire, qui était à Chinon, une pucelle de l’âge de seize à dix-sept ans, née à Vaucouleurs, en la duché de Lorraine, laquelle avait nom Jeanne et était en habits d’homme, c’est-à-savoir pourpoint noir, chausses estachées, robe courte de gros gris noir, cheveux ronds et noirs, et un chaperon sur la tête. »

Notre auteur rejette ce témoignage avec virulence :

« Cet auteur fait naître la Pucelle à Vaucouleurs, qui en 1429 ne dépend pas encore du Duché de Lorraine. Le fait d’arriver à Chinon le 23 février 1429, alors qu’en février on était encore à l’année précédente 1428 (nous sommes dans le système de calendrier Julien), le fait d’entrer à Orléans le 8 mai alors que ce fut le 29 avril, situer le siège de Jargeau le 10 juin au lieu du dimanche 12, réduire le nombre des Anglais à Patay à 300 hommes alors qu’ils étaient 3000, sont en quelques lignes un bon début d’erreur, déterminant ainsi l’âge de Jeanne par une naissance entre février 1411 et février 1412.

Ce témoignage n’est pas très convainquant sur le plan de sa crédibilité. Son récit est de l’ordre du conte avec aucun respect pour l’histoire. Amos Barbot a saccagé le texte sur le plan des dates, en voulant bien faire sans doute, mais ce qui est désastreux sur le plan historique ! C’est l’exemple parfait du témoignage qui peut tromper l’historien ».

Commentaires :

Il est incontestable que ce texte comporte des erreurs. La naissance de Jeanne à Vaucouleurs est fausse, plusieurs indications géographiques sont approximatives et certaines dates sont manifestement inexactes. Ces anomalies interdisent de traiter le récit comme un témoignage parfaitement fiable.

Mais notre auteur va beaucoup trop loin lorsqu’il prétend, à partir de ces seules erreurs, priver l’ensemble du texte de toute valeur historique.

Une chronique médiévale n’est pas un registre d’état civil ni un procès-verbal dressé au jour le jour. Les chroniqueurs se trompent fréquemment sur une date, un lieu, un effectif militaire ou l’ordre exact des événements. Ces erreurs affaiblissent une source ; elles ne suffisent pas à démontrer que chacune de ses informations est fausse. Rejeter en bloc un témoignage parce qu’il contient des imprécisions revient à appliquer aux sources médiévales un critère de fiabilité qu’aucune ou presque ne pourrait satisfaire.

La véritable question n’est donc pas de savoir si le récit est exempt d’erreurs. Il ne l’est manifestement pas. La question est de déterminer si son indication sur l’âge de Jeanne peut conserver une valeur, même limitée.

Sur ce point, le texte est clair : la Pucelle aurait eu « seize à dix-sept ans » lorsqu’elle vint auprès du roi à Chinon, au début de l’année 1429. Prise avec prudence, cette estimation oriente vers une naissance située approximativement entre 1411 et 1413.

Cette indication ne constitue évidemment pas une preuve décisive. Elle est transmise par une copie tardive, elle n’est pas corroborée par un document d’état civil et elle appartient à un récit dont plusieurs détails sont fautifs. Mais elle ne peut pas davantage être déclarée fausse par simple contagion avec les autres erreurs du texte. Une date de bataille erronée ne prouve pas que l’estimation de l’âge de Jeanne soit nécessairement inventée.

Le traitement réservé à cette source révèle surtout l’incohérence méthodologique de notre auteur. Celui-ci accorde du crédit au témoignage de Philippe de Bergame malgré les erreurs qu’il contient, mais disqualifie sans appel le récit rochelais dès lors qu’il attribue à Jeanne un âge incompatible avec sa propre hypothèse d’une naissance en 1407.

Pourquoi une erreur serait-elle tolérable lorsqu’une source soutient sa thèse, mais rédhibitoire lorsqu’elle la contredit ?

La méthode historique ne peut fonctionner à géométrie variable. On ne peut pas conserver les témoignages favorables et éliminer les témoignages gênants sous prétexte qu’ils sont imparfaits. Les mêmes critères de critique doivent s’appliquer à toutes les sources, indépendamment de la conclusion recherchée.

L’argumentation de notre auteur repose donc sur un procédé commode : amplifier les erreurs périphériques du récit afin d’éviter de discuter l’information centrale qu’il contient. Or cette information demeure simple et intelligible : une tradition ancienne présentait Jeanne comme une jeune fille de seize ou dix-sept ans lors de son arrivée auprès du roi.

Cette tradition peut être fragile mais elle ne doit pas être balayée arbitrairement.

Conclusion

Le témoignage du greffier-trésorier de La Rochelle ne permet pas, à lui seul, de fixer l’année de naissance de Jeanne d’Arc. Sa transmission tardive et ses nombreuses approximations obligent à le manier avec prudence.

Mais prudence ne signifie pas rejet systématique.

Ce récit atteste l’existence d’une tradition selon laquelle Jeanne aurait eu environ seize ou dix-sept ans lors de son arrivée à Chinon en 1429. Il oriente ainsi vers une naissance située approximativement entre 1411 et 1413.

Il ne s’agit ni d’une preuve définitive ni d’un témoignage sans valeur. C’est un indice fragile, qui doit être confronté aux autres sources. Le discréditer entièrement parce qu’il contredit une naissance en 1407 relève moins de la critique historique que d’un tri sélectif des témoignages.

Aucun commentaire: