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GENEALOGIE DESCENDANTE DE LA FAMILLE DE JEANNE D'ARC : MA VERSION

samedi 13 juin 2026

Date de naissance de la Pucelle basée sur les procès

J’ai décidé de continuer à étudier le site jeannedomremy.fr à travers une analyse critique d’un autre article, intitulé Quand et où Jeanne d'Arc est-elle née ? La date de naissance de Jeanne d'Arc - Etat des recherches historiques. Cette analyse fait l’objet de plusieurs publications successives. L'article précédent s'intitule : Ancien et nouveau styles : le choix dans la date

Dans cette seconde publication, nous allons aborder l'estimation de la date de naissance de Jeanne d'ARC sur la base de deux procès : le procès de condamnation de 1431 et le procès en nullité de 1456.

Estimation de la date de naissance de Jeanne d'Arc

Commençons tout d'abord par décrire la vision de notre auteur sur ce sujet :

Il affirme que la date de naissance de Jeanne est une question capitale, car elle conditionne l’interprétation de ses origines et de sa vie. Selon lui, les historiens officiels discutent cette date sans proposer de véritable synthèse critique des témoignages et chroniques.

Il reproche aux historiens de compiler des dates sans évaluer la valeur réelle des sources. Les témoignages ne valent pas tous de la même manière : leur intérêt dépend de la proximité des témoins avec Jeanne, avec le pouvoir, et du contexte politique, religieux ou diplomatique dans lequel ils écrivent.

La méthode statistique de certains auteurs, consistant à compter les témoignages favorables ou défavorables à telle date, est jugée inutile. L’auteur estime que voir Jeanne ou ne pas l’avoir vue ne suffit pas à pouvoir juger de son âge.

La date du 6 janvier 1412 est présentée comme une date admise par habitude, mais non démontrée. L’auteur critique les historiens qui s’alignent sur cette tradition, notamment Vallet de Viriville, Wallon, Sepet, Luce, Lang, Hanotaux, Quicherat, Fabre, Pernoud ou Favier.

L’auteur critique particulièrement Alain Decaux, qui retient l’année 1411 en s’appuyant surtout sur la déclaration de Jeanne au début du procès de Rouen, lorsqu’elle dit avoir environ dix-neuf ans. Selon l’article, cette réponse ne doit pas être isolée des audiences suivantes, où Jeanne nuance ou refuse de répondre précisément sur son âge.

L’article insiste sur d’autres déclarations de Jeanne : elle aurait eu environ 13 ans lorsqu’elle entendit ses voix pour la première fois, et celles-ci auraient commencé à la guider 7 ans avant sa démarche auprès de Baudricourt. En additionnant ces éléments, l’auteur obtient environ 20 ans en 1428, ce qui situerait la naissance entre mai 1407 et mai 1408.

L’auteur considère donc que les réponses de Jeanne au procès de Rouen sont des données majeures et qu’elles ne peuvent être écartées sans argument sérieux. Il accuse les historiens officiels de ne retenir que la déclaration qui convient à la date de 1412, tout en négligeant celles qui la contredisent.

Le procès d’annulation de 1456 est ensuite examiné. L’auteur estime que la plupart des témoins n’apportent rien sur l’âge de Jeanne. Il accorde en revanche une grande importance au témoignage d’Hauviette de SYNA, amie de Jeanne, qui aurait indiqué que Jeanne était plus âgée qu’elle de trois ou quatre ans.

Les témoins de Rouen, Orléans, Paris et Domrémy sont jugés peu utiles ou silencieux. Le silence des témoins de Domrémy est interprété par l’auteur comme un signe d’omerta imposée par le pouvoir royal.

L’auteur conclut cette partie en disant que les témoignages de Jeanne elle-même et d’Hauviette doivent être privilégiés, car ils auraient une forte crédibilité historique.

Commentaires : 

Je suis d’accord avec l’auteur sur le fait que l’année de naissance de Jeanne est approximative. En effet, à cette époque, les âges n’étaient souvent connus qu’à quelques années près.

Prenons un premier exemple qui concerne la famille d’ARC du LYS. Les âges de Françoise et Barbe DU LYS sont donnés dans deux documents : 1/ L’enquête relative à l’anoblissement de Jean Hordal en 1596 et 2/ Le discours sommaire de Charles du Lys :

  • Françoise DU LYS est :
    • « vefve noble homme Jean DEBONNAIRE, demeurant à Vaucouleur, vivante encore à présent 1613, aagée de huictante et deux ans », d’où une naissance vers 1531.
    • « veuve de noble homme Jehan de BONNAIRE, bourgeois de Vaucouleurs, soeur du sieur DAILLY, aagée de 60 ans » en 1596, d’où une naissance vers 1536.
  • Barbe DU LYS est :
    • « vefve Mongin HIEROSME, demeurant à Domp-Remy, aussi vivante, aagée de 76 ans » en 1613, d’où une naissance vers 1537.
    • « veuve et relicte de feu Mangin HIEROSME, dict LA FEUILLE, résidante à Domremy, aagée de 50 ans » en 1596, d’où une naissance vers 1546.

Prenons un second exemple, relatif à Jean HORDAL, fils jésuite de Vaultrin HORDAL et de Mengeon PIERRE :

  • D'après une première source (« Catalogi sociorum et officiorum provinciae Campaniae Societatis Jesu etc. », volume 1, Louis Carrez, p166-167), il serait « né en 1547 ».
  • Dans un acte notarié de 1568, il est décrit comme « âgé de 19 à 20 ans », d'où il serait né en 1548-1549.
  • Enfin, dans un autre acte notarié de 1570, il est décrit comme « âgé de 19 à 20 ans », d'où il serait né en 1550-1551.

En conclusion, il serait né entre 1547 et 1551. Bref, là encore, l'année de naissance est loin d'être précise.

Revenons maintenant à Jeanne d’Arc et aux informations apportées par les deux procès. Partons sur les dates en « nouveau style » par souci de simplification (voir mon article Ancien et nouveau styles : le choix dans la date pour plus d’explications). Dans la suite, il faut distinguer les déclarations directes de Jeanne des articles du réquisitoire ou de l’accusation, qui sont des constructions judiciaires hostiles. Ces derniers peuvent fournir des indices, mais ils ne doivent pas être considérés comme des témoignages neutres ou équivalents aux réponses de Jeanne elle-même. L'ensemble de ce qui peut être extrait des 2 procès est présenté ci-dessous :

  • 1431, procès : Jeanne dit qu’elle a « à peu près dix-neuf ans, à ce qu’il lui semble ».

=> Elle aurait environ 19 ans en 1431 => Naissance vers 1412.

  • 1431, procès : « A l’âge de treize ans, j’ai eu une voix de Dieu, pour m’aider à me gouverner. La première fois elle me fit grand peur ». « Dit en outre qu’il y a bien sept ans de passés depuis que ces voix ont pris à la gouverner, et qu’elle les reconnaît à ce signe : qu’elles se nomment à elle ».

=> Elle aurait environ 13+7 = 20 ans en 1431 => Naissance vers 1411.

  • 1431, procès, article 4 du réquisitoire : « qu'elle a été élevée en sa jeunesse, jusqu'à l'âge de dix-huit ans ou environ, au village de Domrémy sur la Meuse ». Elle en est partie en 1428.

=> Elle aurait environ 18+3 = 21 ans en 1431 => Naissance vers 1410.

  • 1431, procès, article 8 du réquisitoire : Jeanne aurait gagné Neufchâteau « vers la vingtième année de son âge » et aurait servi quelque temps chez une hôtelière nommée La Rousse. L’article 10 ajoute qu’après avoir quitté le service de La Rousse, elle aurait eu continuellement, depuis cinq ans, visions et apparitions de saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite.
Si l’on suit strictement l’enchaînement proposé par ces articles, Jeanne aurait donc eu environ vingt ans au moment de l’épisode de Neufchâteau, puis cinq années se seraient écoulées jusqu’au procès de 1431. Cette lecture conduirait à lui attribuer environ vingt-cinq ans en 1431, et donc à situer sa naissance vers 1406.
Toutefois, cette conclusion doit être maniée avec prudence, car il s’agit d’articles d’accusation, et non d’une déclaration directe et chronologique de Jeanne elle-même. Leur formulation peut refléter une construction judiciaire hostile, ou une articulation approximative des faits.
Par ailleurs, l’épisode de Neufchâteau est souvent rattaché par les historiens à l’expédition d’Antoine de Vergy contre Vaucouleurs, en 1428. Cette datation est vraisemblable, mais elle demeure une reconstruction historique plutôt qu’une certitude tirée directement du texte du procès. La région de Domrémy connut, au cours des années 1420, plusieurs attaques, passages de gens de guerre et dévastations susceptibles d’expliquer un refuge temporaire à Neufchâteau.
Deux lectures sont donc possibles. Si l’on suit la chronologie interne des articles du réquisitoire, on peut aboutir à une naissance vers 1406. Si l’on retient l’identification habituelle de l’épisode de Neufchâteau avec les événements de 1428, et que Jeanne avait alors environ vingt ans, on obtient plutôt une naissance vers 1408. Dans les deux cas, ces indications doivent rester des estimations, car elles reposent sur des formulations approximatives et sur des reconstructions chronologiques discutables.

  • 1431, procès, article 1 d’accusation : « Ces saintes l’auraient également favorisée pour s’éloigner, âgée de 17 ans, de la maison paternelle ». Elle en est partie en 1428.

=> Elle aurait environ 17+3 = 20 ans en 1431 => Naissance vers 1411.

  • 1431, procès, article 7 d’accusation : « Item elle dit et confesse que, à l’âge de 17 ans environ, elle, spontanément et par révélation, alla trouver un écuyer qu’elle n’avait jamais vu, quittant ainsi la maison paternelle contre la volonté de ses parents, qui demeurèrent presque fous à la première nouvelle de son départ ».

=> Elle aurait environ 17+3 = 20 ans en 1431 => Naissance vers 1411.

  • 1456 : Hauviette, femme de Gérard de Syonne, laboureur à Domrémy, âgée d’environ 45 ans en 1456. Jeanne était, à ce qu’elle disait, plus âgée qu’elle de trois ou quatre ans.

=> Si l’on prend ce témoignage au pied de la lettre, Hauviette serait née vers 1411, et Jeanne vers 1407-1408. Mais cette estimation repose sur deux approximations successives : l’âge approximatif d’Hauviette et l’écart approximatif de trois ou quatre ans avec Jeanne.

En conclusion, on peut donc établir, à partir des deux procès, que Jeanne est probablement née entre 1406 et 1412.

CONCLUSION GÉNÉRALE

En résumé, l’auteur a raison de rappeler que la date de naissance de Jeanne ne peut être établie avec une précision absolue. Les éléments tirés des procès permettent d’envisager une fourchette assez large, probablement entre 1406 et 1412, selon la valeur que l’on accorde aux différentes déclarations et témoignages. En revanche, je ne peux pas suivre l’auteur lorsqu’il transforme les silences documentaires en preuve d’une dissimulation organisée. Des affirmations telles que l’existence d’une “omerta imposée par le pouvoir royal” relèvent davantage de la construction hypothétique que de la démonstration historique.