Dans ce siècle superficiel où seul le sensationnel fait véritablement recette, les thèses complotistes ont malheureusement bien plus de succès que l’érudition académique.
Concernant Jeanne d’ARC et sa famille, je n’ai aucune volonté de partir en croisade contre cette mouvance, ni de blâmer ou moquer sa relecture de l’histoire officielle.
Ma seule ambition est de mener une analyse critique des diverses thèses avancées et d’alerter les lecteurs sur des interprétations et conclusions qui me paraissent souvent trop hâtives et injustifiées.
Commençons donc par l’analyse critique d’un premier article dont le
titre est « La famille des chevaliers du LYS : l’origine des "d’ARC",
les DAILLY », issu du site :
https://www.jeannedomremy.fr/S_Questions/origine.htm
En résumé, l’auteur conteste l’histoire traditionnelle de Jeanne d’ARC, notamment l’idée qu’elle serait issue d’un milieu modeste. Il avance que :
- La famille dite "d’ARC" serait en réalité une famille noble, issue des chevaliers du LYS.
- L’origine du nom d’ARC viendrait d’une évolution patronymique liée à un titre militaire (bachelerie) qui aurait été acquise par la famille du LYS au début du 15ème siècle.
Cette thèse a été récemment reprise dans un ouvrage : « Le Sénéchal : généalogie du pouvoir sous René II de Lorraine » (2025). Cependant, je me garderai bien de critiquer l’auteur, Frederik du KALTREIS. En effet, dans la préface de son ouvrage, il indique clairement que son récit est « un ouvrage documenté mais romancé » qui « n’a pas pour ambition de figer un dogme mais d’ouvrir une voie ».
Mais revenons en à notre analyse critique !
Je me contenterai, dans ce premier volet, de focaliser mes propos sur quelques extraits relatifs à un soi-disant Jean du LYS ou DAILLY, chevalier d’origine lorraine, qui serait le soi-disant grand-père de Jacques d’ARC.
1/ Dans un premier temps, l’auteur annonce clairement la couleur :
« Nous ne donnerons pas l’origine de nos sources pour éviter les destructions d’archives et de livres anciens que pratiquent des personnes qui veulent dissimuler les vérités historiques pour des raisons politiques ou religieuses ».
On reconnait bien là les arguments classiques avancés par l’univers complotiste ! Mais, que le lecteur se rassure, ces sources ne risquent pas d’être détruites. Je vais les lui donner :
- La quasi-totalité de ce qui est présenté provient d’un ouvrage, il est vrai, plutôt rare (tiré à quelques dizaines d’exemplaires) mais consultable sans problème dans plusieurs bibliothèques dont, par exemple, la BNF (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb315997428) : « De l’ascendance paternelle au lieu natal de Jeanne d’Arc », 1954, par Charles VOIRIOT.
- Ce Charles VOIRIOT a lui-même puisé la plus grande partie de ses sources dans l’inventaire de la chambre des comptes de Bourgogne, établi par Jean-Baptiste Peincedé à la fin du XVIIIe siècle, et plus particulièrement, dans les volumes 24 et 26 (consultables en ligne sur le site : archives.cotedor.fr/). Pour information :
- Les archives de la Côte-d’Or détiennent de nombreuses montres au sein de la série B (consultables uniquement sur place).
- La BNF (site de Richelieu) détient aussi un manuscrit relatif aux montres bourguignonnes (ms. fr. NAF 1036).
Bref, aucun risque de destruction mais juste une volonté, de la part de l’auteur, de laisser planer un mystère sur l’origine de ces sources, qui ne seraient réservées qu'à quelques initiés capables de les comprendre et de les exploiter.
Conclusion :
Nul besoin de faire planer tant de mystères... Citer ses sources est la base d'une étude sérieuse. De plus, il est honteux de ne pas dévoiler le nom du véritable auteur de ce travail : Charles VOIRIOT. C'est purement et simplement du vol intellectuel.
2/ Puis l'auteur nous parle d’une famille chevaleresque du LYS dont Jacques d’ARC serait l’un des descendants :
« Dans le cas de la famille "DU LYS", nous verrons que l’orthographe de ce patronyme a varié avant de se fixer … Ces rappels ont besoin d’être faits pour comprendre l’évolution du nom de famille "DU LYS" qui nous occupe, orthographié de façon très différente sur les documents historiques … Des "DU LYS" ont été localisés en Bourgogne, en Lorraine et dans le Barrois et nous ne connaissons pas en fait aujourd’hui l’origine de cette famille. Les "DU LYS" du Barrois ne sont sans doute pas le rameau le plus ancien … L’étymologie du nom "DU LYS", qui s’appuie sur des lois de la phonétique historique et sur l’évolution sémantique des termes, se présente sous diverses formes dans les revues d’armes, à savoir : DALLAY, DAISEY, DUILLEY, DALYS, DALEU, DILEU, DELLIEU, DEULE et DALIS (en Lorraine), DULIS (en France) ».
Il « plante » le décor pour justifier que toutes ces variantes patronymiques permettront d’identifier leurs détenteurs comme étant des membres de la fameuse famille du LYS/DAILLY qu’il souhaite nous vendre.
Cependant, je me permets quelques remarques :
- L’auteur tente de donner une crédibilité à l’ensemble de ses variantes en citant Auguste VALLET DE VIRIVILLE (archiviste de renom du 19ème siècle, spécialiste de Jeanne d'ARC) : « le nom d’origine fut déformé en DEULE et en DALIS en Lorraine (voir VALLET DE VIRIVILLE) ». Il me semble important de préciser que ce dernier a uniquement validé les variantes suivantes : DAY, d’AY ou d’AY, DU LILS ou DULILS, DALIS, DALIX et DAIX, mais pas DEULE.
- Attention aux variantes « tirées par les cheveux ». Sans entrer dans les détails (cela fera l'objet d'un prochain article), les plus communément répertoriées et admises par les historiens et érudits sont DU LIS, DULIS, DU LILS, DULILS, DU LIZ, DULIX, DALIS, DALIX, DALIZ, DALIE, DALI et DAILLI, sans compter les variantes supplémentaires résultant de l'emploi :
- Du "Y" à la place du "I".
- De l’apostrophe.
- Du doublement du "L".
- Attention à la non réciprocité : les "DU LYS" ont effectivement été affublés de nombreuses variantes suivant les lieux et les époques, dont "DALYE" par exemple. Cependant, il faut bien prendre garde à ne pas en tirer des conclusions trop hâtives. En effet, à contrario, de nombreux "DALYE" présents dans les documents d’archives ne sont pas des "DU LYS". Les exemples sont nombreux mais il suffit de prendre ici l’exemple de Georges DALYE, écuyer, seigneur en partie de Dombrot-le-Sec (ADMM, B 623, n°37). Il n’est pas issu des "DU LYS" mais des "D’ESLEY", originaires d’Esley dans les Vosges.
Conclusion :
Parmi la multitude de variantes proposées par l’auteur, DALLAY et DUILLEY semblent acceptables. En revanche, DAISEY, DALEU, DILEU, DELLIEU et DEULE semblent trop éloignées de "DU LYS" pour être sérieusement considérées. Ces variantes n’ont d’ailleurs jamais été évoquées par les spécialistes de la famille de Jeanne d’ARC.
3/ L’auteur décrit ensuite la situation géopolitique en Lorraine à cette époque et poursuit sa démonstration :
« Dans ce cadre conflictuel se développent des actions militaires qui donnent lieu à des revues d’armes dans lesquelles figurent des représentants de la famille DU LYS. Cette famille participe à de nombreuses revues d’armes et donc, bien évidemment, à de nombreux combats. Son ascension sociale est remarquable car nous trouvons, en 1367, Jean DALLAY (DU LYS), écuyer, devenu chevalier en 1372 et Pierre, son fils, également chevalier en 1405. Beaucoup de familles, et même des plus nobles, seraient heureuses de s’enorgueillir de tels ancêtres ».
Pour appuyer son raisonnement, il établit une liste de revues d’armes bourguignonnes du milieu du 14ème siècle au milieu du 15ème siècle (reprise de ce qui est présent dans l’ouvrage de Charles VIRIOT).
Avant d’initier notre analyse critique, tentons de bien
comprendre le raisonnement de l’auteur :
1/ Il aurait repéré un soi-disant Jean du LYS dans des montres bourguignonnes.2/ D’après lui, ce Jean du LYS serait d’origine lorraine, d’où les variantes DALLY/DAILLY (et nombreuses autres) présentes dans ces montres.3/ Compagnon d’arme de Jean de CHALON-MONTAIGU dit de BOURGOGNE, il l’aurait suivi dans ses campagnes militaires et se serait établi, vers 1367, à proximité de Montier-en-Der où il aurait bénéficié d’une terre. Sa présence en ce lieu serait prouvée par un acte de 1375.4/ Ce lieu de résidence indiquerait aussi qu’il est le grand-père de Jacques d’ARC car ce dernier est originaire de Ceffonds, près de Montier-en-Der.5/ Il aurait participé à de nombreuses campagnes militaires, passant du statut de simple écuyer à celui de chevalier en 1372.
Voilà ! Le décor est planté ! Je peux maintenant débuter mon analyse critique de ce qui est présenté par l’auteur (et son mentor Charles VOIRIOT).
3.1/ La valse des statuts sociaux
Si vous prenez le temps de parcourir les montres bourguignonnes, vous observerez que, dans les listes, les noms des chevaliers sont toujours précédés d’un qualificatif : « Mons. », « Mess. », « Le sire de », ce qui n’est jamais le cas des écuyers et des non nobles. En bref, le statut social des personnes présentes dans les revues d’armes est donc facilement déductible.
Dans le tableau ci-dessous, j’ai repris la chronologie présentée par l’auteur (en vert) et j’ai ajouté le statut social repéré dans les montres (en orange).
Première remarque : l'auteur considère que Jean DALEU est chevalier en 1372 : « Revue d’armes du 1er février 1372 pour la guerre du Brabant : nous retrouvons notre DAILLY sous le nom de Jean DALEU, chevalier armé à la revue passée pour la guerre du Brabant ».
C'est une erreur, dans le manuscrit NAF 1036 de la BNF, f°95, il fait clairement partie de la liste des 42 écuyers.
| BNF, NAF 1036, f°95 |
Seconde remarque : on voit bien que, si la chronologie concerne une seule et unique personne, comme l’affirme l’auteur, la succession des statuts sociaux n’est pas cohérente : difficile de croire, en effet, que le soi-disant Jean du LYS (ou DAILLY) ait été chevalier le 23/05/1359, puis simple écuyer le 07/02/1367, puis de nouveau chevalier le 08/12/1382.
Frederik du KALTRAIS, dans son roman historique, se garde d’ailleurs bien de commettre une telle erreur. Pour sa part, il marque l’apogée de la carrière militaire de ce soi-disant Jean du LYS en 1359 :
« Enfin, l’apogée de cette ascension se manifeste le 23/05/1359, à Semur-en-Auxois. Là, Jean DALLAY n’est plus simple compagnon ou lieutenant. Il est désormais désigné sans ambiguïté comme capitaine de Montréal, et mène ses propres hommes lors d’une revue organisée sous sa seule autorité ».
Conclusion :
La chronologie présentée par l’auteur n'est pas cohérente du point de vue du statut social : elle semble correspondre à plusieurs personnages et non à un seul.
3.2/ La valse des variantes patronymiques
Intéressons-nous maintenant à la chronologie patronymique présentée par l’auteur. Comme indiqué précédemment, certaines variantes sont trop éloignées phonétiquement du patronyme "DU LYS" pour être crédibles. Je les ai donc écartées dans le tableau ci-dessous. J’ai aussi ajouté des montres, passées sous silence par l’auteur (lignes en orange), et qui permettent pourtant de mieux comprendre la chronologie.
Suite à ce "nettoyage" indispensable, la chronologie semble a priori concerner 3 personnages et non un seul :
- Un chevalier : Mons. Jean DALLAY, présent dans 3 montres (23/05/1359, 21/04/1359 et 09/01/1358).
- Un écuyer : Jean DALLAY/DARLAY, présent dans 3 montres (04/07/1359, 21/04/1359 et 09/01/1358).
- Un écuyer : Jean DUILLEY, présent dans 3 montres d’armes (23/05/1359, 21/04/1359 et 30/12/1358)
Déjà, une famille chevaleresque bien distincte des "DU LYS" semble se dessiner, celle des "D’ARLAY".
Mais le plus simple, pour percer le mystère, est de commencer par étudier plus précisément ce chevalier Jehan DALLAY, capitaine de Montréal en 1359 et à la tête de la montre du 23/05/1359. En effet, un personnage d’un tel statut social ne peut passer inaperçu dans les documents d’archives. C’est du « pain béni » pour un généalogiste…
Et je dois avouer que l’enquête a été de courte durée : elle a très vite révélé que ce Jehan DALLAY est en fait Jehan d’ARLAY, chevalier issu d’une famille noble originaire du bourg d’Arlay situé dans le comté de Bourgogne (actuelle Franche-Comté).
Les indices convergents sont les suivants :
- En 1358, « Jehan DARLAY » envoie des quittances au trésorier et receveur de Toulouse et de Languedoc :
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| BNF, P.O. du Cabinet des titres, Arlay |
Son sceau est clairement décrit : « un écu à 5 besants en sautoir ».
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BNF, Inventaire des sceaux, J.
Roman |
- Le 23/05/1359, une montre des gendarmes de Montréal est organisée sous le gouvernement de « Mons. Jean DALLAY, capitaine dudit lieu ». Elle fut reçue à Semur en Auxois [ADCO, B12019, f°553]. « Mons. Jehan D’ALLAY, chevalier, capitaine dudit lieu », se présenta sur un « cheval gris noir estelle » [BNF, NAF 1036, f°35]. Durant cette même année :
- 4 quittances furent envoyées au trésorier des guerres de Bourgogne par Jean BOUTON, écuyer, « pour ses gages et de sa compagnie desservis en la garnison du bourg de Montreal sous le gouvernement de Mons. Jehan DALLAY, chevalier, capitaine dudit bourg ».
![]() |
| ADCO (Inventaire Peincedé) |
- 1 quittance envoyée au même trésorier par « Jean DARLAY, chevalier, pour ses gages et des chevaliers et écuiers étant avec lui à Montreal. Son sceau porte 5 besans ou tourteaux posés 2, 1 et 2 ».
![]() |
| ADCO (Inventaire Peincedé) |
- Il est présent dans les comptes bourguignons de cette période [ADCO, B1412].
- Il est aussi présent dans l’ouvrage de Dom Villevieille [Trésor généalogique, T2].
Conclusion :
Le soi-disant chevalier lorrain Jean du LYS ou DAILLY, qui serait le soi-disant grand-père de Jacques d’ARC, est en réalité un membre de la famille franc-comtoise d’ARLAY.
3.3/ La famille d’ARLAY ou DALLAY dans les montres bourguignonnes
La famille DARLAY est originaire du bourg d'Arlay dans le comté de Bourgogne (actuel département du Jura). Un descendant, Barthélémy d’ARLAY, écrit, dans son étude généalogique du début du 18ème siècle, que l'on pouvait encore voir, de son temps, les armes de sa famille gravées ou peintes dans Ia chapelle de l'hôpital du Saint-Esprit d'Arlay, dans la chapelle Darlay de l'église paroissiale du lieu, et dans la chapelle Saint-Nicolas de ce que l'on appelait le « bourg dessus », une esplanade de deux cents pas de diamètre, où l'on pouvait voir, de son temps, deux châteaux en ruines, l'un portant les armes des CHALON (« de gueules à la bande d'or »), l'autre, plus petit mais « plus entier », celles des DARLAY (« d'argent à la fasce de sable »). Deux châteaux pour un même village : une famille plus anciennement présente, une autre qui s'installa et finit par supplanter la première.
On trouve, aux 13ème et 14ème siècles, de nombreux membres de la famille d’ARLAY dans le comté de Bourgogne. Parfois établis dans des lieux éloignés du bourg d’Arlay, berceau de cette famille, il leur restait souvent quelques terres dans les alentours d’Arlay, ce qui les obligeait à entrer en foi et hommage de la famille de CHALON.
Le tableau ci-dessous focalise la chronologie des montres sur la famille d’ARLAY/DALLAY.
En résumé, dans ce tableau, nous trouvons :
- Un Guillaume d’ARLAY, écuyer, qui est très probablement le fils de Perrenet d’ARLAY (branche établie à Arlay). En 1357, il donna une terre arable située à Sellières à l’hôpital d’Arley. Il testa en 1364. Il fonda, dans l'église de l'hôpital, une chapelle en l'honneur de Sainte Marguerite. Le chapelain était tenu de célébrer un office divin trois fois par semaine sur l'autel dédié à cette sainte.
- Un Jean d’ARLAY, chevalier, capitaine de Montréal en 1359, qui est probablement celui qui testa en 1360. En effet, il serait issu d’une branche éloignée de celles de Poligny et d’Arlay, dont il aurait épousé une descendante (d’après le généalogiste familial Barthélémy d’ARLAY, cette famille d’ARLAY « était si nombreuse qu'il y avait des mariages DARLAY-DARLAY, de parents sûrement assez éloignés pour ne pas craindre les foudres de l'Eglise ». Et il cite un testament, daté de 1360 et conservé dans les archives de l'archevêché de Besançon, d'un Jean d’ARLAY, qui fait mention de son père ou grand-père Michel, fondateur d'une chapelle Saint-Michel).
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| Testament de Jean d’ARLAY, chevalier (BNF, ms. fr. 32974) |
- Un Jean d’ARLAY, écuyer, probablement fils de Regnaud d’ARLAY (branche établie à Poligny). D’après F.F. Chevalier [Mémoires historiques sur la ville et seigneurie de Poligny], ce Jean d’ARLAY, ayant retenu prisonnier Odot GUEF, notable bourgeois de Poligny et n’ayant pas voulu le relâcher à la demande de Marguerite, comtesse de Flandres et de Bourgogne, qui le revendiquait comme son sujet, à cause de sa seigneurie de Poligny, il fut obligé de se retirer à Ruffey chez Gui de VIENNE qui l’appuya ; ce qui engagea Jean de RAY, gardien du pays, à envoyer 23 hommes d’armes au mois de juillet 1370 pour gager, comme l’on disait alors, Gui de VIENNE. Ses sujets de Ruffey furent les innocentes victimes de cette résistance. On leur enleva 160 pièces de gros bétail. Jean d’ARLAY fut banni, ses biens confisqués et sa maison de Montesclaire détruite. Mais l’année suivante, la princesse débonnaire le rétablit et ses biens lui furent rendus [ADD, B469].
- Un Hugues d’ARLAY, écuyer, probablement fils du Jean d’ARLAY précédent. D’après le généalogiste familial Barthélémy d’ARLAY, cet Hugues « se trouva enveloppé dans une querelle considérable dans laquelIe Guillaume d'USIEL et Jacquot de VILLENEUVE perdirent la vie ». MESMAY dit plus crûment : « Le 8 juin 1416, il tue, au village de Vaudrey, Guillaume d'USIE et Jacquet de VILLENEUVE, et il se réfugie à Besançon, rue Saint-Paul, au lieu d'asile ». Barthélémy, lui, commente : « Il en coûta deux terres audit Hugues DARLAY, à savoir Villesin et Estenole, qui furent vendues par décret à la poursuite du procureur de monseigneur le duc et comte de Bourgogne, et achetées par messire Jean de CHALON, prince d'Orange et seigneur d'Arlay, l'an 1416 ».
- Un Philippe d’ARLAY, écuyer, probablement fils du Hugues d’ARLAY précédent. D’après le généalogiste familial Barthélémy d’ARLAY, en 1400, des lettres de Philippe, duc de Bourgogne, concèdèrent à Philippe DARLAY, écuyer, la permission de bâtir une maison forte à Chaume près de Colomne, à cause du fait que la maison forte de Montaclère, qui appartenait à ses prédécesseurs, avait été ruinée et démolie par ordre des anciens comtes de Bourgogne. Ces lettres faisaient aussi mention des bons et grands services que ledit Philippe DARLAY, ses père et aïeux, avaient rendu à l'Etat, et que dame Marguerite de FLANDRE, aïeule dudit duc Philippe, avait autrefois donné permission à Jean DARLAY, aïeul dudit Philippe DARLAY, de rétablir la maison forte de Montaclère, mais que ni lui ni ses enfants ne l'avaient nullement rétablie.
- Un Huguenin d’ARLAY, écuyer, probablement fils du Hugues d’ARLAY précédent. Il fit, en 1406, les devoirs de fief pour sa maison à Poligny. Philippe le Bon, duc de Bourgogne, voulant reconnaitre ses bons services et le dédommager de ce qu’il avait fait à la défense de la ville de Rouen où il était en garnison, le gratifia de 200 livres par lettres données à Marigny le 29/08/1419, et ayant été fait prisonnier en retournant en Flandres et mis en prison à Orchimont aux Ardennes, ce prince donna mandement le 16/10/1423 que cette somme lui fut payée pour l’aider à payer sa rançon.
- Un bâtard d’ARLAY, sur lequel je n’ai pas trouvé d’informations.
Ces quelques pistes proviennent principalement d’un article paru dans « Héraldique et Généalogie », N° 145. Cependant, la généalogie de la famille d’ARLAY est difficile à établir car elle comporte de nombreux homonymes qui ont conduit à des généalogies erronées. Elle mériterait une étude approfondie via des recherches dans les archives départementales du Jura et du Doubs.
Conclusion :
La soi-disant famille chevaleresque DU LYS/DAILLY, qui serait présente dans les montres bourguignonnes, est en réalité la famille chevaleresque d’ARLAY. Tout ce qui est avancé par l’auteur n’est donc que pur fantasme.
3.4/ Considérations héraldiques
L’auteur donne, pour tronc d’origine de la famille de Jacques d’ARC, une soi-disant famille chevaleresque du LYS à l’écu au lion de gueules : « Notre chevalier … y incorpore ses armes familiales symbolisées par un lion de gueules passant ». Aucune source n’est donnée à ces affirmations. Personnellement, je n’ai rien trouvé de tel dans les ouvrages ou archives sigillographiques.
Frederik du KALTREIS donne, pour sa part, pour tronc d’origine, la
famille d’ESLEY :
« ... un lion de gueules passant, hérité des chevaliers d’ESLEY, le symbole héraldiquement puissant des anciens DU LYS. Ce lion rouge, arme parlante des anciennes lignées, rappelle les armoiries des maisons de Limbourg et de Luxembourg, où le lion armé et lampassé de gueules régnait en maître. On pourrait croire que, dans le tumulte des combats, le lion des DAILLY croisa souvent celui des ducs alliés et ennemis. Ainsi, à travers le blason, les armes, la terre et le nom, la lignée de la Pucelle prend forme, non pas dans la fable, mais dans l’histoire documentée, transmise par les revues d’armes, les parchemins et les traditions ».
Aucune source n’est donnée à ces affirmations. Personnellement, je n’ai trouvé qu’un seul sceau, un « écu à une fasce », concernant la famille d’ESLEY, celui de George d’AILLY, lieutenant de Jean de FENETRANGE en 1442 :
![]() |
| ADV, G195 |
Charles VOIRIOT, donne, pour sa part, pour tronc d’origine, la famille de DEUILLY, à l’écu « burelé de dix pièces ».
![]() |
| Blason présent dans l’ouvrage de Charles Voiriot |
Je ne pousserai pas plus loin cette étude. Je reparlerai plus amplement des armoiries "D’ARC" et "DU LYS" dans un prochain article.
Ce qui est sûr, c’est que le fameux chevalier Jehan DALLAY, soi-disant pour "DU LYS" ou "DAILLY" selon l’auteur, capitaine de Montréal, ne portait pas les soi-disant « armes familiales symbolisées par un lion de gueules passant » mais clairement les armes suivantes : un écu à « 5 besants en sautoir ».
![]() |
| ADCO, PS 2104-S, armes de Jehan d'ARLAY, chevalier, 1360 |
Conclusion :
Les considérations héraldiques confirment que le chevalier Jean DALLAY, capitaine de Montréal, soi-disant grand-père de Jacques d’ARC, n’a rien à voir avec une soi-disant famille chevaleresque du LYS ou DAILLY aux « armes familiales symbolisées par un lion de gueules passant ».
4/ Jean du LYS ou DAILLY, soi-disant lorrain et soi-disant compagnon d’armes de Jean de CHALON-MONTAIGU, dit de BOURGOGNE
L’auteur souhaite faire du soi-disant Jean du LYS/DAILLY un lorrain compagnon de Jean de CHALON-MONTAIGU, dit de BOURGOGNE :
- « Jean I de CHALON-MONTAIGU, dit Jean Ier de BOURGOGNE, figure à la revue (dite monstre) des troupes, passées à Avallon le 06/01/1358. Il y est rejoint le 09/01 suivant par Jean DALLAY (pour DAILLY), également venu de Lorraine, avec de nombreux compagnons d’armes ».
- « Le 10/01/1358, la revue est passée à Avallon par Jean [de BOURGOGNE] lui-même, écuyer banneret. Jean DAISEY (pour DAILLY) y figure avec de nombreux lorrains parmi lesquels on cite : Jean de Mirecourt, Hugues Daroué (pour d’Haroué), Regnaut de Mirecourt, Thévenin de Fontenay ».
- « Jean DUILLEY (corruption du nom DAILLY) est à Montbard le 30/12/1358 avec Jean de MONTAIGU, à la revue des troupes d’Eudes de MUXY ».
- « Jean DUILLEY est avec Jean de MONTAIGU à la revue passée à la frontière d’Avallon et de Montréal par Guillaume DINORY le 21/04/1359 ».
Cependant, il commet commet plusieurs erreurs/extrapolations :
- Erreur sur les revues du 06/01/1358, 09/01/1358 et du 21/04/1359 : il s’agit de Jean de MONTAIGU et non Jean de CHALON-MONTAIGU, qui sont deux hommes d’armes distincts. Le premier est seigneur de Courtivron. On le retrouve à maintes reprises dans les montres bourguignonnes de cette époque. Jean de CHALON-MONTAIGU, quant à lui, y apparait sous le nom de Jean de BOURGOGNE.
- Erreur sur la revue du 30/12/1358 : aucun Jean de MONTAIGU ou de CHALON-MONTAIGU ou de BOURGOGNE n’y est présent.
- Erreur sur la revue du 10/01/1358. "DAISEY" est une variante trop éloignée de "DU LYS" pour être crédible.
- Jean DALLAY ne fit jamais partie de la même montre que Jean de CHALON-MONTAIGU dit de BOURGOGNE. Faire miroiter une proximité/complicité entre les 2 hommes n'est donc que pure extrapolation.
- Jean DALLAY ne fit jamais partie de la même équipée que des soi-disant compagnons d’armes lorrains. Qu’il y ait quelques hommes d’armes d’origine lorraine dans les montres n’a rien d’étonnant (d’une part, certains Barrois ou Lorrains avaient des possessions en Bourgogne ou en France, et, d’autre part, des étrangers proposaient souvent leurs services aux ducs, princes et rois). Il y a d’ailleurs eu, le 21/09/1410, une montre lorraine et barroise avec, à sa tête, le marquis du Pont-à-Mousson.
Conclusion :
L’origine soi-disant lorraine d’un chevalier Jean du LYS ou DAILLY,
compagnon d’armes de Jean de CHALON-MONTAIGU dit de BOURGOGNE, n’est qu’un
tissu d’allégations gratuites. Aucune preuve (ni indice pertinent) n’existe
pour appuyer cette thèse.
En fait, Jean DALLAY, pour d’ARLAY, était d’origine franc-comtoise. Il connaissait des membres de la famille de CHALON car il était homme lige de Jean de CHALON-ARLAY pour certains de ses fiefs situés à Arlay. En revanche, il n’a jamais fait partie des montres ou compagnies ou équipées de Jean de CHALON-MONTAIGU.
5/ Jean du LYS ou DAILLY, soi-disant grand-père de Jacques d’ARC
L’auteur nous raconte :
« Jean Ier de CHALON ou Jean Ier de BOURGOGNE, né vers 1340, mort à Amance le 6 décembre 1373, fut un seigneur de Montaigu et, par mariage avec Marguerite de JOINVILLE (1354, †1418), comtesse de Vaudémont et dame de Joinville … il devient comte de Vaudémont et sire de Joinville de 1367 à 1373 … En 1360, il combat les Anglais sous les ordres du duc de Bar Robert Ier … En 1365, il est de nouveau cité auprès du duc de Bar.
Il épousa en premières noces, Marie de CHATEAUVILLAIN († 1367), dame d’Arc en Barrois … Marie de CHATEAUVILLAIN … héritière de la seigneurie d’Arc en Barrois, institua par testament du 22 octobre 1366, Jehan 1er de CHALON-MONTAIGU comme administrateur de ses terres, châtellenie et forteresse d’Arc en Barrois.
Pour exécuter la volonté de sa première épouse décédée, Jehan (qui s’était remarié, nous l’avons dit, en 1367 à Marguerite de VAUDEMONT) dut, selon toute vraisemblance, faire appel à son compagnon d’armes Jehan DAILLY, venu de Lorraine avec lui vers 1354 ».
Commentaire :
L’argument d’un Jean DU LYS/DAILLY, compagnon d’armes de Jean de
CHALON-MONTAIGU dit de BOURGOGNE, ne tient pas au vu des paragraphes précédents.
L’auteur poursuit :
« Jehan DAILLY, en quittant la Lorraine, avait dû s’adresser aux moines de Montiérender (près de Ceffonds) et recevoir dans les propriétés de Jehan [de BOURGOGNE] une petite exploitation qu’il fit valoir pendant les périodes de trêve de la guerre.
On trouve en effet le nom de Jehan DAILLIE dans l’« Histoire de Bourgogne » de Léon Germain pour une créance de 60 livres d’arrérages de terre, à côté du nom des religieux de Montiérender, réclamant 800 florins dans l’acte de partage du 18 septembre 1375, réglant les dettes de Jehan [de BOURGOGNE] décédé en 1373.
L’union de Jehan 1er de CHALON et de Marie de CHATEAUVILLAIN allait avoir pour conséquence, nous le verrons, de fixer le descendant de Jean DAILLY dans la région d’Arc en Barrois, en Bourgogne à l’époque ».
Commentaire :
Le seul indice (sur lequel s’appuie l’auteur pour conclure, avec une certitude déconcertante, que le soi-disant chevalier Jean du LYS/DAILLY serait le grand-père de Jacques d’ARC) est un acte du 18/09/1375, relatif aux dettes de la succession de Jean de CHALON-MONTAIGU dit de BOURGOGNE.
Et parce qu’une dette envers un certain Jean DAILLIE, dont le domicile n’est absolument pas indiqué, suit immédiatement une dette envers les moines de Montier-en-Der, l’auteur lui attribue avec aplomb une demeure proche de cette abbaye.
Examinons un extrait de cet acte de plus près [retranscrit dans « Jean de Bourgogne et Pierre de Genève, comtes de Vaudémont », Léon Germain de Maidy, 1879, p 65] :
Plusieurs remarques s’imposent :
- Les créanciers sont originaires de lieux divers : Lorraine, Barrois, Toulois… Ils apparaissent sans ordre logique particulier. Le fait que Jean d’AILLYE se retrouve à la suite des religieux de Montier-en-Der n’est donc pas un indice pertinent sur son lieu de résidence.
- Le statut social des créanciers est précisé à chaque fois qu’ils sont nobles, écuyers ou chevaliers. Or, rien n’est indiqué pour Jean d’AILLYE qui serait pourtant noble, d’après l’auteur, et même chevalier depuis 1372.
Et l’auteur n’arrête pas là dans son raisonnement pourtant déjà fantasque. Comme Jacques d’ARC est connu pour être originaire de Ceffonds, village situé à proximité de Montier-en-Der, il en déduit que Jacques d’ARC serait le petit-fils de ce chevalier Jean du LYS et le fils d'un soi-disant chevalier Pierre du LYS d'ARC, qui aurait vécu à proximité d'Arc-en-Barrois (nous l'étudierons dans un prochain article).
Conclusion :
En généalogie, il n’est pas interdit d’explorer des pistes
originales et d’émettre des hypothèses. Cependant, il faut très rester prudent et ne surtout pas les ériger en certitudes.
Ici, de mon point de vue, aucun indice pertinent ne permet de conclure qu'un soi-disant chevalier jean du LYS/DAILLY se soit établi à proximité de Montier-en-Der et qu’il soit le grand-père de Jacques d’ARC. C’est de la pure romance…
CONCLUSION GENERALE
La thèse d’un Jean du LYS ou DAILLY, originaire de lorraine, compagnon d’armes
de Jean de CHALON-MONTAIGU dit de BOURGOGNE, présent dans des montres
bourguignonnes en tant qu'écuyer puis chevalier,
n’est, selon moi, qu’un tissu d’allégations gratuites.
L’identifier ensuite à un Jean DAILLIE qui aurait soi-disant vécu près de Montier-en-Der, et qui serait le grand-père de Jacques d’ARC, est une affirmation tout aussi injustifiée.
Toutes ces thèses fantasques ne constituent pas, selon moi, des pistes sérieuses. C’est une "bouillabaisse historico-généalogique" propice à l’écriture de romans historiques mais guère plus.
Elles auront eu le mérite de m’immerger dans les passionnantes montres bourguignonnes des 14ème et 15ème siècles.
Je laisse au lecteur le soin de se forger sa propre opinion…
Dans mon prochain article, je poursuivrai mon analyse critique relative à ce même article, mais cette fois-ci, pour ce qui concerne un soi-disant chevalier Pierre du LYS d’ARC, soi-disant père de Jacques d’ARC.














