J’ai décidé de continuer à étudier le site jeannedomremy.fr à travers une analyse critique d’un autre article, intitulé Quand et où Jeanne d'Arc est-elle née ? La date de naissance de Jeanne d'Arc - Etat des recherches historiques. Cette analyse fait l’objet de plusieurs publications successives.
Les autres articles s'intitulent :
Dans cette publication, nous allons examiner ce que notre auteur présente comme la preuve d’une naissance de Jeanne en 1407.
Le témoignage littéraire attribué à Béroalde de Verville :
« Il raconte dans son livre sur la Pucelle qu’on entendit, à Chinon, en mars 1428 — ancien style —, lors de sa réception, Jeanne répondre au roi, qui le lui demandait, que son âge se comptait par sept :“Sire, dit-elle au roi, il faut que les troupes que vous me confierez soient prêtes dans sept jours.— Pourquoi sept jours ? demanda le roi.— Sire, ce n’est point sans mystère que je m’arrête à ce nombre. Vous êtes le septième Charles, cette année est la septième de votre règne, mon âge se compte par sept, et j’espère dans sept mois avoir donné tant de preuves de courage qu’avant sept années la France sera remontée au degré de splendeur qu’elle a perdu.”
On peut donc penser que deux fois sept font 14 ans ou bien que trois fois sept font 21 ans pour la Pucelle, ce qui, dans cette seconde option, donne un âge plus crédible que dans l’option précédente. Quand on indique le terme par sept on peut induire une idée de répétition, ou de multiplication [...] Voilà un témoin, non cité par Quicherat, et pour cause, qui donne la date de 1407, sans que nous puissions mettre en doute cette affirmation prononcée par un royaliste dont la fidélité est reconnue. Son adhésion au culte protestant, il est ministre de l’Evangile, ne lui causent pas de problèmes de retenue face à l’Eglise et il n’est pas fonctionnaire ou l’obligé d’un prince régnant. Nous accréditons ce témoignage qui nous donne 1407 pour date de naissance de la Pucelle. »
Commentaires :
Cette conclusion ne résiste pourtant pas à l’examen.
Un récit tardif et indirect
Béroalde de Verville n’est pas un contemporain de Jeanne d’Arc. Né plus d’un siècle après les événements, il ne peut témoigner personnellement d’une conversation qui aurait eu lieu à Chinon en 1429. Le passage constitue donc, au mieux, l’écho tardif d’une tradition antérieure ; au pire, une reconstruction purement littéraire.
Or aucune source précise n’est indiquée pour cette scène. Faute de référence identifiable, il est impossible de déterminer si elle repose sur un document ancien, une tradition orale, un récit intermédiaire ou une invention de l’auteur. Cette absence de filiation documentaire prive le passage de toute véritable valeur testimoniale.
Une construction dominée par le nombre sept
La forme même du discours révèle sa nature rhétorique. Le nombre sept y est répété avec une insistance manifeste :
- les troupes doivent être prêtes dans sept jours ;
- Charles est le septième roi à porter ce nom ;
- le roi se trouve dans la septième année de son règne ;
- l’âge de Jeanne « se compte par sept » ;
- elle promet des résultats dans sept mois ;
- la France doit retrouver sa splendeur avant sept années.
Une telle accumulation n’a rien d’un échange spontané fidèlement retranscrit. Elle obéit à une composition savante, organisée autour de la valeur symbolique et religieuse du chiffre sept. Le passage cherche à donner au personnage une parole prophétique ; il ne fournit pas un renseignement d’état civil.
Le raisonnement est d’autant plus fragile qu’il suppose authentique une parole rapportée très tardivement, sans source connue et insérée dans une construction numérique artificielle.
Conclusion
Le récit attribué à Béroalde de Verville est tardif, indirect, non sourcé et manifestement façonné par la symbolique du nombre sept. Ce texte ne saurait, à lui seul, remettre en cause la date traditionnellement admise de 1411-1412.
