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GENEALOGIE DESCENDANTE DE LA FAMILLE DE JEANNE D'ARC : MA VERSION

dimanche 15 mars 2026

Pierre du LYS d'ARC, soi-disant père de Jacques d’ARC

Dans mon précédent article (Jean du LYS ou DAILLY, soi-disant grand-père de Jacques d’ARC), j’ai mis en évidence que le chevalier « Jehan DALLAY », capitaine de Montréal en Auxois en 1459, présent dans les montres bourguignonnes du XVème siècle, n’était pas le fameux chevalier lorrain Jean du LYS, prôné par le site jeannedomremy.fr, aux « armes familiales symbolisées par un lion de gueules passant », mais le chevalier Jean d’ARLAY, à l’écu « à 5 besants en sautoir », personnage issu d’une famille chevaleresque ancestrale franc-comtoise.

J’ai aussi exposé qu’aucune preuve, ni indice, ne permettait de faire de ce soi-disant chevalier du LYS, fruit de l’imagination débordante de Charles VOIRIOT (et de son ouvrage « De l’ascendance paternelle au lieu natal de Jeanne d’Arc »), le grand-père de Jacques d’ARC.

Concernant ce dernier point, je me dois de fournir de plus amples informations, et donc, de réaliser une analyse critique relative au maillon qui relierait, d'après l’auteur de l’article « La famille des chevaliers du LYS : l’origine des "d’ARC", les DAILLY » (et son mentor Charles VOIRIOT), le chevalier Jean du LYS à Jacques d’ARC.

Et ce maillon manquant serait le chevalier Pierre du LYS d’ARC, soi-disant père de Jacques d’ARC.


1/ Préambule sur les variantes DU LYS et D’ARC

Dans mon précédent article, j’ai déjà parlé des variantes DU LYS. En restant concis, les plus communément répertoriées et admises par les historiens et érudits sont DU LIS, DULIS, DU LILS, DULILS, DU LIZ, DU LIX, DALIS, DALIX, DALIZ, DALIE, DALI et DAILLI (sans compter les variantes supplémentaires induites par l'emploi du "Y" à la place du "I", de l’apostrophe et du doublement du "L"). Parmi la multitude de variantes proposées par notre auteur, DALLAY et DUILLEY semblent acceptables. En revanche, DAISEY, DALEU, DILEU, DELLIEU et DEULE semblent trop éloignées de "DU LYS" pour être sérieusement considérées. Ces variantes n’ont d’ailleurs jamais été évoquées par les spécialistes de la famille de Jeanne d’ARC.

Parlons maintenant des variantes D’ARC. En restant concis, les plus communément répertoriées et admises par les historiens et érudits sont DARC, DARK, DARQUES, DARE, DART, DARX, DARS, potentiellement aussi TARC, TART, TARD, TARE, et enfin, d'une manière plus controversée, DAY et DAIX (sans compter les variantes supplémentaires induites par l'emploi de l’apostrophe).

Deux courants existent pour expliquer le passage de DARC à DU LYS :

  • Certains avancent une évolution progressive : la prononciation des rives de la Meuse aurait imposé au nom d'ARC la forme DAY, et, de ce dernier nom, en prononçant les deux voyelles, on aurait tiré DAILLY, DALLY, DALY, DALIS, DULIS.
  • D’autres pensent que l’évolution a été brutale. Selon eux, le patronyme initial était DARC (et variantes) avant l’attribution, par Charles VII, d’armoiries aux frères de la Pucelle. Par la suite, en référence aux fleurs de lys des armoiries familiales, le surnom DU LYS (et variantes) aurait été ajouté puis aurait rapidement remplacé le patronyme DARC.


2/ Notre auteur donne à son chevalier Jean DU LYS, sans aucune justification, un fils : Pierre DU LYS

« Jehan DAILLY était venu avec son fils Pierre, alors âgé de quatorze ans environ, de Lorraine aux environs de Montiérender. De grands défrichements avaient lieu dans toute la région à cette époque. Les maisons de MONTIERENDIER (Champagne) et de CHATEAUVILLAIN (Bourgogne) étaient parentes et, sur autorisation de l’évêque de Châlons, se prêtaient leurs ouvriers.

Jean Ier de CHALON-MONTAIGU dit Jean Ier de BOURGOGNE était lui-même parent de la maison de CHATEAUVILLAIN dont il allait épouser l’héritière du domaine d’Arc en Barrois. Il y fit venir Pierre qui, passant de Champagne en Bourgogne, et séparé de son père, abandonna la noblesse portée en Lorraine, et n’y fut plus connu que sous le nom de Prel (pour Pierrelot et Pierre) et le surnom d’ARC. Pierre d’ARC, dit Prel DART, vint habiter près d’Arc-en-Barrois, à Cour-l’Evêque, à l’orée de la grande forêt de Chateauvillain et d’Arc-en-Barrois où il pouvait donner cours à ses aptitudes car il était arpenteur pendant les périodes de trêve.

Mais parvenu à l’âge de 18 ans, il suivit l’exemple de son père, et c’est de courte durée que furent ses séjours de repos à Cour-l’Evêque, où nous le trouvons inscrit au rôle de la taille de cette commune touchant Arc-en-Barrois (la noblesse de son père chevalier n’emportant pas droit de suite de Lorraine dans le Barrois bourguignon de l’époque), parmi les contribuables solvables, seulement en 1384, sous les prénoms et surnom de Prel DART. Prel est la déformation du nom de Pierrelot, tel qu’on le prononçait en Lorraine ».

Commentaires :

D’après notre auteur, Jean du LYS serait venu de Lorraine avec Jean Ier de CHALON-MONTAIGU, vers 1354. Si son fils Pierre avait 14 ans à cette époque, il serait né vers 1340. Parvenu à l’âge de 18 ans, il aurait suivi l’exemple de son père et serait entré dans une carrière militaire (donc, à partir de 1358).

Notre auteur fait face à un premier problème : il trouve un Prel DART inscrit au rôle des tailles de Cour-l’Evêque en 1384. Cela signifie indubitablement qu’il n’était pas noble à cette époque. Il explique alors que ce serait parce que ce Pierre D’ARC aurait perdu sa noblesse en passant de la Lorraine à la Bourgogne. Effectivement, la noblesse était liée à un Etat et la Lorraine ne faisait pas partie du royaume de France à cette époque. Mais il paraît étonnant qu’un noble, fils de chevalier, ait accepter de suivre un grand seigneur tout en acceptant une perte de son titre de noblesse. Tout cela était négociable : de nombreux seigneurs étaient reconnus nobles dans plusieurs états dans lesquels ils avaient des possessions. La notion de vassalité était plus forte que la notion d’Etat à cette époque.

J’ai décidé de procéder à quelques vérifications. Par chance, les recherche des feux et bailliages de Bourgogne sont accessibles en ligne : https://archives.cotedor.fr/.

J'y ai effectivement trouvé un « Pot DART » en 1380 et un « Prel DART » en 1384, à Cour-l’Evêque, l’un des villages qui formaient ce qui était appelé la « terre d’Arc en Barrois ».

Mais qu’elle ne fut ma surprise de découvrir que ce Prel DART faisait partie de la liste des serfs de la terre d’Arc ! Certes, il tenait le « haut du pavé » de cette classe servile car il était dans la catégorie des « solvables ». Mais croyez-vous vraiment qu’un fils de chevalier aurait accepté de sombrer dans dans les bas-fonds de la société bourguignonne pour suivre Jean Ier de CHALON-MONTAIGU ? Cela me parait très peu vraisemblable.


ADCO, B 11560 (1380) et B11561 (1384)

Pour information, quatre classes sociales étaient présentes dans ces registres d’imposition bourguignons :

  • Les nobles (les seigneurs des villages sont nommés).
  • Les francs ou abonnés, avec 3 sous-classes : les « solvables », les « misérables » et les « mendiants ».
  • Les demi francs/demi serfs avec les 3 mêmes sous-classes.
  • Et enfin, les serfs avec les 3 mêmes sous-classes.

Notre auteur fait face à un second problème : comment passer du patronyme du LYS (et variantes) au patronyme D’ARC (et variantes) ? Ce point fait l’objet du paragraphe suivant.


3/ Passage de DU LYS à D’ARC

Sur ce point, notre auteur s'émancipe de son mentor Charles VOIRIOT. En effet, ce dernier justifiait le passage de DU LYS à D’ARC uniquement par le lieu d’habitation de Pierre du LYS :

« Il abandonna la noblesse portée en Lorraine et n’y fut plus connu que sous le prénom de Prel (pour Pierrelot et Pierre) et le surnom de D’ARC où il habitait ».

Pour sa part, notre auteur explique l’évolution du patronyme de la façon suivante :

« Pierre DAILLY ou DUEILLY, ou plus simplement Prel, est nommé chevalier en 1405, comme son père l’avait été … il est alors désigné sous le nom de Pierre DARS ou DAY, titulaire d’une terre de dignité ou de bachelerie nommée d’Arc.

Nous ne connaissons pas l’assiette de cette terre de dignité, ni son emplacement géographique précis, mais Pierre a récupéré de Jehan [de BOURGOGNE], héritier des CHATEAUVILLAIN par sa femme, possesseur de la seigneurie d’Arc-en-Barrois, cette terre de dignité. Pour le transfert de propriété de ce fief, Jehan et Pierre devaient obtenir en principe l’autorisation de la part du duc de Bourgogne et Pierre devait s’acquitter du paiement d’une taxe dite de droit de relief.

Dans le détail, on peut donc établir que Jean DAILLY était chevalier lorrain et que son fils Pierre, s’installant près d’Arc-en-Barrois, appartenant à la Bourgogne à l’époque, n’était pas admis dans ses titres et qualités par son nouveau souverain. Cela étant, nommé en 1405 à son tour chevalier par le duc de Bourgogne et nouveau titulaire d’un titre et d’une terre de dignité (Arc) dans le duché, il procéda à la création de son blason ».

Commentaires :

Notre auteur n’a aucune preuve (ou faisceau d’indices) de ce qu’il avance. C’est de la pure fiction.

D’une part, aucun lien ne peut être objectivement établi entre ce soi-disant chevalier « Jean DAILLY » et ce « Prel DART » de Cour-l’Evêque. Ce lien n’est que le fruit des imaginations débordantes de notre auteur et de son mentor.

D’autre part, il est surprenant de voir ce soi-disant Pierre DAILLY apparaitre avec le surnom D’ARC dans les feux de Cour-l’Evêque. En effet, un nouvel arrivant dans un village prenait souvent le surnom de son village d’origine (il aurait plutôt pris, par exemple, le nom de « Pierre de CEFFONDS » ou « Pierre de MONTIERENDER »), pas celui dans lequel il s'était installé. Bizarre aussi que ce Pierre DAILLY prenne déjà le surnom d’ARC en 1380-1384, bien avant sa soi-disant bachelerie d'Arc dont il ne serait titulaire qu’à partir de 1405 d'après notre auteur...

Enfin, pour terminer, s’il avait existé une bachelerie dite « d’Arc » au sein de la terre d’Arc en Barrois, elle apparaitrait dans les registres des feux postérieurs à 1405. En effet, tous les seigneurs de fiefs sont cités dans ces registres, ainsi que leurs sujets (serfs, demi-serfs ou abonnés). Or, j’ai parcouru les registres de 1406 et 1413 : aucune bachelerie d’Arc n’y est présente, ni aucun seigneur du nom de Pierre DAILLY ou D’ARC (ou variantes).


4/ Ce Pierre serait, selon lui, présent sous les patronymes DU LYS (et variantes) et D’ARC (nom de « son nouveau fief de bachelerie ») dans les montres bourguignonnes

Avant d’initier notre analyse critique, prenons du recul et tentons de bien comprendre le raisonnement de l’auteur :


1/ Il a repéré un soi-disant Pierre DU LYS D’ARC dans des montres bourguignonnes.
2/ D’après lui, ce Pierre DU LYS D’ARC serait le fils du chevalier lorrain Jean du LYS.
3/ Passant de la Lorraine à la Bourgogne, il aurait perdu son titre de noblesse.
4/ Il serait entré dans une carrière militaire vers 1358 et aurait été fait chevalier bachelier en 1405, titulaire d’une terre de dignité ou de bachelerie dite « d’Arc », dont il aurait pris le surnom.
5/ Il serait cité sous les patronymes DU LYS (et variantes) et D’ARC (et variantes) dans les documents d’archives.

Pour appuyer son raisonnement, notre auteur établit une liste de revues d’armes bourguignonnes des 14ème et 15ème siècles (reprise de ce qui est présent dans l’ouvrage de Charles VOIRIOT) :

« Dès le 30 juin 1359, avec Huguenin de VITTEL, André POINCARD de Morimont, Jean de SAINT-THIEBAUT, Humbert DESPINAULX (D’EPINAL), il figure à la revue passée par Geoffroy de BLAISEY et, le 31 juillet, à la revue de Châtillon-sur-Seine, parmi les gens d’armes reçus pour demeurer en cette garnison, sous le nom de Pierre DARC ».

« Sous la dénomination de Pierre D’ARC ou DAY, il avait assisté à deux revues, à Paris en 1405, avec le titre de chevalier … Le surnom D’ARC, devenu héréditaire, s’appliqua aux descendants de Pierrelot qui, d’après les recoupements opérés, eut quatre fils, dont le plus jeune, Jacques, fut le père adoptif de la Pucelle … Pierre, second fils de Pierrelot DARC, né vers 1375, était avec son père le 14/09/1405 à Paris … sous le nom de Pierre DEIX, écuyer (avec le seigneur de DEIX, son père, chevalier) ».

« A la revue de Paris du 28 février 1407, Pierre DARS ou DAY était inscrit sous le nom de DEULE comme chevalier bachelier. Notre chevalier était donc noble (condition pour devenir chevalier) et titulaire d’une terre de dignité ou bachelerie. C’est cette bachelerie qui s’appelle d’ARC qui a été incorporée sous forme symbolique aux armes du nouveau chevalier du LYS qui ne comprenaient à l’origine que le lion passant de gueules … Les appellations de DAY ou DARS données à Pierrelot (prénom aussi du frère de lait de la Pucelle) répondaient bien à la fois au nom d’origine DAILLY devenu DALYS et DULYS et au surnom DARC ».

« Revue d’armes du 3 octobre 1407 par le Seigneur de FOUVENS, maréchal de Bourgogne : Pierre D’ARC prit part aux luttes sporadiques qui ensanglantaient le pays. On le retrouve, en dernier lieu, à la revue d’armes passée le 3 octobre 1407 à la Chapelle en Thiérache (près Verviers) par le seigneur de FOUVENS, maréchal de Bourgogne, pour venir à l’aide du duc de Brabant contre le duc rouge de Gueldre et ses alliés, en guerre depuis plus de quinze ans. Il est désigné comme chevalier, sous le nom de Pierre DARS ou DAY ».

Je vais maintenant initier mon analyse critique de ce qui est présenté par notre auteur (et son mentor Charles VOIRIOT). Dans le tableau ci-dessous, j’ai repris la chronologie présentée par notre auteur (en vert) et j’ai ajouté le statut social repéré dans les montres (en orange).


4.1/ Revues de 1359

Un Perreau DART ou DARC fait bien partie de la montre de Monsieur de BLAISEY, banneret, reçue à Châtillon sur Seine le 30/06/1359 [ADCO, B12019, f°557].

Le document d’archive de la BNF [NAF 1036, f°38v°] donne le détail des arrivées par équipées. Perreau d’ARC fait bien partie de la même montre que des soi-disant compagnons d'armes lorrains cités par notre auteur, mais pas de la même équipée (ou chambre ou compagnie) :

  • Huguenin de VITEL est reçu seul, sur un « cheval gris ».
  • André POINCARD [de MORIMONT n’est pas indiqué] est reçu, sur un « cheval bay brun vaussin », dans l’équipée de Mons. Guillaume du BLAISOY, aux côtés de Mons. Richart de MONTOT, Perrenot de CRECY, Jean de LIMON, Colin BEAUPETIT et Girart de GERMOLES.
  • Jehan de SAINT THIEBAUT est reçu, sur un « cheval noir », dans l’équipée de Mons. Geoffroy de BLAISEY, aux côtés de Messire Guy du TRAMBLOY, de Messire Billebaut de BEAUSEMBLANT et d’une dizaine d’homme d’armes.
  • Aucun Humbert DESPINAULX n’est présent dans cette montre.

Perreau D’ARC est, pour sa part, reçu le 30 juin 1359, sur un « cheval roux gris vaussain », dans la petite équipée de Guion DUSIES, aux côtés de Richart D’AMBONNE (équipée de 3 hommes d’armes).

La famille d’USIE était originaire du Val d’Usiers, seigneurie située à proximité de Pontarlier, en comté de Bourgogne (actuelle Franche-Comté). La généalogie de cette famille est détaillée dans l’« Histoire généalogique des sires de Salins au comté de Bourgogne » de J.B. Guillaume. La maison d’USIE tirait son nom d’un château fort situé dans le bailliage de Pontarlier. Elle était une branche de la maison de JOUX et portait pour armes : « fascé d’or et d’azur de 6 pièces ». Guyot d’USIE, écuyer, était le fils de Jean d’USIE, damoiseau, et d’Isabelle d’ARBOIS.

La famille d’AUBONNE était originaire d’Aubonne, seigneurie située à proximité de Pontarlier, en comté de Bourgogne. Richard d’AUBONNE est cité, le 09/05/1377, en tant qu’écuyer, dans un accord entre Philippe de CEYS et Gérard de CUSANCE.

Les villages d’Usiers et d’Aubonne étaient situés à proximité d’Arc-sous-Cicon. Cette équipée me laisse donc à penser que notre Perreau d’ARC était originaire de cette seigneurie. Il était probablement écuyer, à l’instar de ses deux compagnons d’armes. Pierre-Philippe Grappin parle de cette famille dans son almanach historique : « Arc-sous-Cicon, Arcus, Ars, bailliage de Pontarlier, village de la paroisse de Saint-Gorgon. Il y a une chapelle. Un de nos villages d’Arc a donné son nom à une ancienne maison, de laquelle était Jean d’ARC, connétable du comté de Bourgogne en 1269 » [Almanach historique de Besançon et de la Franche-Comté, Pierre-Philippe Grappin, 1785]. 

Ce Perreau DART ou DARC fait aussi partie de la montre de Monsieur André de MOREY, reçue le 31/07/1359 à Châtillon sur Seine [ADCO, B12019, f°594]. Le document d’archive de la BNF [NAF 1036, f°48] donne le détail des arrivées par équipées.

Perreau DARC est reçu, le 30/07/1359, sur un « cheval bay cor chenenaz », dans la petite équipée de Le Mastin de MARRIGNY (qui apparait sous le nom de Jehan de MARRIGNY dans la revue du 29/08/1359), aux côtés de Pierre DARENTOL, Hugues de CHAUVIREY et Jehan TRUCHET.

La famille de MARIGNY était originaire de Marigny, seigneurie située à proximité de Lons-le-Saunier, en comté de Bourgogne. La maison de CHAUVIREY était elle aussi originaire du comté de Bourgogne. Elle y possédait la seigneurie de Chauvirey (au ressort de Vesoul), formant deux fiefs : Chauvirey-le-Vieil et Chauvirey-le-Châtel. Ce dernier comprenait le Châtel-de-dessus et le Châtel-de-dessous. Elle était alliée aux maisons de SALINS, de NAN et de VIENNE. Je n’ai rien trouvé concernant Pierre DARENTOL et Jehan TRUCHET.

Conclusion :

« Perreau DARC », homme d’armes présent dans deux montres de 1359, était probablement noble et écuyer. Il était le compagnon de militaires franc-comtois et non lorrains comme l’affirme notre auteur. L’identifier à « Prel DART », simple serf demeurant à Cour-l'Evêque, proche d’Arc-en-Barrois, est une aberration.

Ce Perreau d’ARC était probablement originaire d’Arc-sous-Cicon (et peut-être même possesseur d’un fief en cette seigneurie). Je reparlerai de cette famille franc-comtoise dans un prochain article. Une piste à approfondir pourrait aboutir à un lien très lointain avec la famille de Jeanne d’ARC. Mais prudence est mère de sûreté… Des informations se doivent d’être vérifiées…


4.2/ Revues de 1405 à Paris

Passons maintenant aux deux revues de 1405. Un « seigneur de DEIX », chevalier bachelier, et un « Pierre DEIX » (soi-disant fils du précédent), écuyer, y sont effectivement bien présents. Et notre auteur affirme, avec une certitude déconcertante, que ces personnages sont Pierre DU LYS D’ARC (fraichement promu chevalier bachelier et titulaire d’une terre dite « d’Arc ») et l’un de ses fils, Pierre D’ARC.

Ma version est très différente :

En fait, pour mieux comprendre qui sont ces deux personnages, il faut étudier en détail la chronologie de l’ensemble des montres bourguignonnes. Et lorsque l'on prend le temps de le faire, on se rend compte que des rassemblements régionaux préliminaires ont précédé les montres parisiennes de la fin de l’année 1405.

En effet, les 24 et 25 mai 1405, des hommes d’armes pour la sûreté et défenses des pays de Flandres, Artois et Picardie, ont été passés en revue par Messire Jehan LE VERT, chevalier, seigneur de Herlin, dans les villes d’Aire-sur-la-Lys et de Saint-Omer.

Cette liste révèle que ces hommes sont originaires du Nord de la France, à l’instar de leurs chevaliers bacheliers dont je vais étudier quelques patronymes : Monseigneur Emer de NEUVILLE, Messire Froissart de BEAUFORT, Messire de LIGNY, Messire Jean de REBECQUE et Monseigneur de TENQUES.

Commençons par Messire Jean LE VERT, chevalier à la tête de cette montre, qui portait, pour armes, un sceau à un chevron. Dans l’Armorial Vermandois (1280-1300), au sein de la marche des Artésiens, on trouve un Robert LE VERT, qui porte « d’argent à un chevron de gueules ». Il était probablement de la famille de notre Messire Jean LE VERT, qui semble donc originaire de l’Artois.

Passons maintenant à Messire Emer de NEUVILLE. Malheureusement, il existe de nombreuses familles chevaleresques de NEUVILLE ou de NEUFVILLE dans le Nord de la France. Un Emer (ou Aymar) de NEUVILLE était du nombre des chevaliers bacheliers artésiens lors de la « bataille de monseigneur Eudes, duc de Bourgoigne, comte d'Artois et de Bourgoigne, sur les frontières et en lost », du 16 avril au 27 septembre 1340 [La première campagne d'Edouard III en France, p 422, René de Belleval, 1864]. Il était probablement de la famille de notre Messire Emer de NEUVILLE, qui semble donc originaire de l’Artois.


Marche de l’Artois, BNF, ms. fr. 5232 : armes des seigneurs de Neufville

Passons ensuite à Messire Froissart de BEAUFORT. Sa famille, dont la généalogie est bien établie, était originaire de l’Artois. Regnaut dit Froissart (†1er mai 1439) serait le fils de Mathieu (alias Lathelin) de BEAUFFORT dit « Froissart » et Marie de RANSART. Il se distingua au siège d'Arras en 1414. En récompense, il fut nommé en 1417 gouverneur et capitaine du château de Béthune.


Marche de l’Artois, BNF, ms. fr. 5232 : armes du seigneur de Beauffort

Passons maintenant à Messire [Thomassin] de LIGNY. Sa famille était originaire de Ligny-en-Weppes, proche de Lille (lieudit de la Gauquerie). Il faisait partie des 60 hommes d’armes d’une montre reçue à Lille le 04/03/1397, en tant qu’écuyer [Les armées des trois premiers ducs de Bourgogne de la Maison de Valois, Jules de La Chauvelays].


Marche de l’Artois, BNF, ms. fr. 5232 : armes du seigneur de Ligny

Passons ensuite à Messire Jean de REBECQUES. Sa famille était aussi originaire de la région lilloise. Dans une montre du 04/03/1397, il apparait en tant qu’écuyer aux côtés de Thomassin de LIGNY, de Pierre et Colart de ROSINBOUES (ou ROISINBOS) et de membres de sa famille tels que Victor et Willaume de RABECQUE [Les armées des trois premiers ducs de Bourgogne de la Maison de Valois, Jules de La Chauvelays]. Il apparait plus tardivement, en 1413, dans un registre aux plaids de Lille, mais cette fois-ci, avec un titre de chevalier : « Item Messire Jean de REBECQUES, chevalier » [Extrait du registre aux plaids 3e novembre 1412 et 21e septembre 1413, cahier 2e, f°7v°, manuscrit 601 (1240-1651), bibliothèque municipale de Lille (Ms 601)] [Familles bourgeoises et nobles de Lille et de sa châtellenie. Le Castelo Lillois, hors série N°54, mai 2021].


Marche des Flandres et de la châtellenie de Lille, BNF, ms. fr. 5232.
Armes des seigneurs de Rabecque (de la Douve et Rouzee).

Enfin, terminons par le personnage le plus intéressant pour nous : Monseigneur de TENQUES (variantes TENCQUES, TENQS, TENKES, TINQUES et TINCQUES, nom de la commune actuelle), chevalier bachelier artésien. En effet, il est à la tête de l’équipée dans laquelle on trouve « Pierre DAIS » [ADCO, B12019, f°621 et BNF, NAF 1036, f°136], parmi d’autres écuyers artésiens (tels que, par exemple, le borgne de MATRINGHAN).

Au vu de ses compagnons d’armes, il semble très peu probable que « Pierre DAIS » soit originaire de la contrée d’Arc-en-Barrois. En revanche, il est probable qu’il soit issu de la famille des seigneurs d’EPS que l’on trouve sous les variantes DEIZ, DAYS, DAIZ, DES, DEZ, DHES, DEEPZ, DEEZ, DEYPS, DEXZ, DEPZ, … (et formes avec apostrophe) dans l’Artois, avec les armoiries suivantes : « d’argent à l’aigle de sable ».


Marche de l’Artois, BNF, ms. fr. 5232.
Armes des seigneurs de Tencques, Daiz et de Martringlen.

Nous retrouvons la plupart de ces chevaliers bacheliers en 1405 à Paris. Cependant, cette fois-ci, les montres et revues ne sont pas subdivisées en équipées :

  • La montre du 14/09/1405 et la première revue du 01/10/1405 ont été conduites à Paris par le sire DU BOIS pour le maréchal de Bourgogne. Un « seigneur de DEIX » faisait partie des 17 chevaliers bacheliers et un « Pierre DEIX », des 188 écuyers [ADCO, B12019, f°81].
  • Une seconde revue a été conduite le 20/10/1405. Le « seigneur de DEIX » faisait partie des 14 chevaliers bacheliers et « Pierre DEIX », des 173 écuyers [ADCO, B12019, f°70].

L’écuyer « Pierre DEIX » est probablement le Pierre D’EPS dont j’ai précédemment parlé, venu de sa contrée nordiste pour participer aux revues d’armes parisiennes.

Le « seigneur de DEIX » (aucun prénom n’est donné), chevalier bachelier, pourrait être, quant à lui, Jean D’EPS, que l’on retrouve dans d’autres montres et revues telles que celle de septembre 1410, où il fait partie des gens d’armes venus sous Mgr le comte de Saint-Pol, au service du roi et du duc. Il y est chevalier bachelier, à la tête d’une équipée de 4 écuyers et de 4 archers [Les armées des trois premiers ducs de Bourgogne, Jule de La Chauvelays, 1880].

Le fait qu’il soit nommé « seigneur de DEIX » et non « seigneur DEIX » (pour seigneur d’Eps) en 1405 n’est pas forcément incohérent, sachant que l’ajout d’un « de » supplémentaire n’est pas un cas isolé dans les documents et actes de cette époque. D’ailleurs, le nom du village d’Eps a beaucoup changé au début du 15ème siècle, avec, notamment, une variante qui a absorbé le « d » en 1430 : Eepz en 1407 [Arch. Nat., P. 2060], Eez en 1415 [Cart. Ms. du chap. d’Arr., f°35r°], Eyps en 1422 [Cart. de Thér., p 343], Dexz en 1430 [Arch. Nat., JJ. 998, n°3, f°20v°] et Epz en 1444 [Cart. des charitables de Béth., f°1].


Inventaire des sceaux d’Artois et de Picardie, Demay. Base Sigilla : "Jean Deps - sceau - 1406".


Conclusion :

Le « seigneur de DEIX » et « Pierre DEIX », hommes d’armes présents dans les montres bourguignonnes de 1405, sont vraisemblablement originaires du nord de la France, probablement issus de la famille chevaleresque d’EPS.


4.3/ Revue du 28/02/1407 à Paris

Poursuivons maintenant avec la revue du 28/02/1407. Un « seigneur DEULE » (aucun prénom n’est donné), chevalier bachelier, y est effectivement bien présent. Notre auteur affirme, sans aucune argumentation, que ce personnage est Pierre DU LYS D’ARC.

Ma version est très différente :

En fait, tout comme pour les montres parisiennes de 1405, la montre du 28/02/1407 a été préparée en amont par des rassemblements régionaux. En effet, une montre préalable eut lieu le 16/02/1407 à Arras : le duc de Bourgogne, présent en cette ville à cette période, en avait profité pour mandater les chevaliers, écuyers, arbalétriers et archers pour venir l’y trouver et l’accompagner en la ville de Paris [ADCO, B12015, vol. 22, f°382]. Le « seigneur DEULE » y est présent : il n’est pas le Pierre DU LYS D’ARC que souhaite nous vendre Charles VOIRIOT, mais Guillaume DEULE, chevalier issu issu d’une famille du nord de la France qui portait un écu chargé d’une bande.

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Recherches généalogiques sur les comtés de Ponthieu, de Boulogne, de Guînes et pays circonvoisins, Louis Eugène de La Gorgue-Rosny, 1874. Trésor généalogique de la Picardie, 1860.

Des seigneurs DEULLE sont d’ailleurs présents dans des marches artésiennes.


Marche de l’Artois, BNF, ms. fr. 5232 : armes des seigneurs DEULLE

On retrouve ce Guillaume DEULE à Paris lors de la montre du 28/02/1407, à la tête d’une équipée de 7 écuyers dont les noms sont les suivants : Marthelet de HONVAULT, le batard DEULE, Hennequin CALONNE, Le Breton de NYELLES, le Danois DANEQUIN, Jean CALONNE et Bohoit son frère.

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Là encore, l’origine nordiste des écuyers ne fait aucun doute :

  • « Le Breton de NOYELLES », écuyer, figure déjà dans une revue à Amiens, le 27 avril 1385, avec 14 autres écuyers [Chroniques de J. Froissart - Numéro 294 - Jean Froissart, ‎Siméon Luce, ‎Gaston Raynaud, 1899].
  • Hennequin, Jean et Bohoit CALONNE figurent dans plusieurs montres picardes. Leurs armes sont un écu « à l’aigle éployée, à une bande brochant sur le tout ».

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Recherches généalogiques sur les comtés de Ponthieu, de Boulogne, de Guines et pays circonvoisins, Louis Eugène de La Gorgue-Rosny, 1874.


Conclusion :

Le « seigneur DEULE », chevalier bachelier présent dans les montres bourguignonnes de 1405, est originaire du nord de la France, issu d’une famille chevaleresque présente dans les marches de l’Artois.


4.4/ Revue du 03/10/1407 à Paris

Terminons par la revue d’armes du 03/10/1407, reçue à la Chapelle en Thiérache (près Verviers). De nombreux chevaliers bacheliers y sont présents (voir ci-dessous), dont, effectivement, un « Pierre DAIS ».

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ADCO, B12019, f°642 et BNF, NAF 1036, f°153

Continuons à appliquer notre méthodologie, et donc, à rechercher l’origine des compagnons de notre Pierre DAIS.

A la tête de cette montre était présent Messire Jacques de HELLY, chevalier banneret issu d’une famille originaire du nord de la France, qui est présente dans des marches de l’Artois, du Corbiois et du Vermandois.


Marche du Corbiois, BNF, ms. fr. 5232.
Armes des seigneurs de HELLY.

Messire Gérard d’INCHY est issu d’une famille originaire de l’Artois, mort à Azincourt en 1415. Elle est présente dans plusieurs marches artésiennes. Dans l’armorial de Sicile, il fait partie des « seigneurs de ladicte Comté ». Il porte le n°76 : « Le sieur d’INCHY, facé d’or et de sable de six, à la bordure de gueulle ».


Marche de l’Artois, BNF, ms. fr. 5232 : armes du seigneurs DINCHY

Messire Jean dit Froissart d'AUBERCHICOURT D'ESTAIMBOURG (ESTIEMBOURG, ESTAMBOURG) est un gentilhomme lillois. Il est fait chevalier le 3 novembre 1379 lors de la défense d'Audenarde contre les gantois rebelles [Fiefs et fieffés de la Motte d’Orchies depuis le 13e siècle jusqu’en 1789, Bulletin de la Commission historique du département du Nord, 1890]. Il est aussi présent dans le manuscrit 348 de la médiathèque d'Arras 1440-1588 : « Froissart D'ESTAIMBOURG fils de Mahieu du 15/06/1442 … Jehan D'AUBERCICOURT (AUBERCHICOURT) dit Froissart d'ESTAIMBOURG du 04/07/1442 ».

Messire Pierre de FOREST est présent dans un plaid de Lille le 07/04/1404 : « Messire Pierre de FOREST, chevalier ». Cette famille est présente dans des marches des Flandres et de la châtellenie de Lille.


Marche des Flandres et de la châtellenie de Lille, BNF, ms. fr. 5232.
Armes du seigneur de FOREST.

Il est difficile de déterminer l’origine précise de Guillaume seigneur de LA HAYE car les familles de ce nom sont très nombreuses en France. Je signale juste que plusieurs familles chevaleresques sont présentes dans les marches des Flandres.


Marche des Flandres et de la châtellenie de Lille, BNF, ms. fr. 5232.
Armes des seigneurs de LA HAYE.

Messire Tristan de BUXY (BUSSU) est issu d’une famille originaire du nord de la France (village actuel de Bussus-Bussuel), que l’on retrouve dans des marches de l’Artois, de l’Amiénois et du Corbiois (« d’argent à la bande de sable chargée de 3 coquilles d’or »). Il fut l’époux de Jeanne de HEMERY ou de MERY, veuve en premières noces de Jean de MONTMORENCY (fils de Jean, seigneur de Maflier) [Eglises, châteaux, beffrois et hotels-de-villes les plus remarquables de la Picardie et de l’Artois, 1849].

Messire Jean [CARNIN], sire de SAINT LEGER est issu d’une ancienne Maison de l'Artois divisée en plusieurs branches : les Carnin de Lillers, les Carnin de Staden, les Carnin de Saint-Léger. Cette famille chevaleresque est présente dans des marches de l’Artois. On la trouve, par exemple, dans l’Armorial Le Blancq, au sein de la marche des « Artisiens sans bannières ». Elle porte le n°520 : « Le seigneur de SAINT-LEGER, de gueules à trois têtes de léopards d’or ».

Messire Robinet FRETEL est un chevalier picard : « Pierre OGER ou AUGER, notable bourgeois de Paris, chargé, en 1411, par le prévôt de Paris, de garder l’abbaye de Saint-Denis, que Robinet FRETEL, chevalier picard, n’avait pu préserver du pillage, s’acquitta de cette mission avec succès et garantit le monastère de tout dommage pendant 3 semaines (Religieux de Saint Denis, t V, p 567) » [Journal d’un Bourgeois de Paris (1405-1449), p 41, Alexandre Tuetey, 1881].

Messire François de POLINCOVE est probablement issu d’une famille originaire de Polincove, un petit village situé à 25 km au nord-ouest de Saint-Omer. Autrefois, deux forts existaient en ce lieu. Au tout début du 15ème siècle, un François de POLINCOVE avait épousé Jeanne VAN ROODE, veuve de Jean VAN HOUTE. Elle portait « d’azur à 3 fers de moulin d’or, posés 2 et 1 » [Histoire généalogique de la Maison de Tramecourt, comte de Brandt de Galametz, 1881].

Nous retrouvons aussi Messire Jean LE VERT, seigneur de Herlin, dont nous avons déjà parlé précédemment. Sa famille était originaire de l’Artois.

Je n’ai pas trouvé d’informations concernant Messire Maillart MAL.

Conclusion :

Le chevalier « Pierre DAIS » est vraisemblablement originaire du nord de la France. Peut-être est-ce encore notre Pierre d’EPS, écuyer, qui serait devenu chevalier en 1407… Peut-être est-il issu d'une autre famille chevaleresque que l’on trouve dans les marches du nord de la France (voir ci-dessous).


Marche du Vermandois, BNF, ms. fr. 5232.
Armes des seigneurs DAIXE (pour D’EPPES).

Marche des Flandres et de la châtellenie de Lille, BNF, ms. fr. 5232.
Armes des seigneurs DAISE.


5/ Les soi-disant enfants du soi-disant chevalier Pierre DU LYS d’ARC

Notre auteur continue à dérouler son scénario fantasque en nous présentant… des soi-disant enfants du chevalier Pierre DU LYS D’ARC :

« Nous allons évoquer les quatre fils de Pierrelot (ne pas confondre avec son petit-fils, frère de lait de la Pucelle, qui portait le même petit nom) et leurs activités recensées dans les revues d’armes auxquelles ces derniers ont participé ».

Commentaire :

Pour information, notre auteur se démarque ici de son mentor Charles VOIRIOT. En effet, il introduit la notion de « frère de lait » de la Pucelle. On comprend donc qu’il défend la vision d’une Jeanne d’ARC fille bâtarde de Louis d’ORLEANS et d’Isabeau de BAVIERE. Mais tout cela fera l’objet d’une autre analyse critique. Chaque chose en son temps….

Notre auteur poursuit :

« Nicolas : premier fils de Pierrelot DARC, né vers 1364, marié vers 1389, porté sur la liste des contribuables solvables de Cour-l’Evêque en 1390 et 1397, sous le nom de Nicolas PREL (Prel rappelle son père). En 1405, les 29 août et 14 octobre, il figure à des revues de Paris, sous le nom de Colart DELLIEU. Après 1405, Nicolas est reconnu comme son père, noble dans le Barrois, sous le nom de famille DU LYS (formé différemment à l’époque en DELLIEU) ».

Commentaire :

Comme expliqué dans un précédent article, la variante DELLIEU semble trop éloignée du patronyme DU LYS pour être crédible. Mais bon… Passons outre cet aspect et vérifions les allégations de notre auteur :

  • Un Nicolas DELLIEU est bien présent dans des montres en 1405. Le 29/08/1405, « Colart D’ILLIEU, écuyer, estoit venu de Cruë avec 4 écuyers et 2 archers, dont il fit montre devant ledit maréchal le 6 septembre » [BNF, NAF 1036, f°139]. Notez bien qu’il est noble et écuyer en 1405.
  • Un « Nicolas PREL » est bien présent sur la liste des contribuables solvables de Cour-l’Evêque en 1390 et 1397. Emettre l’hypothèse que Nicolas PREL serait le fils de Prel DART n’est pas incohérent. En effet, à cette époque, la reprise du prénom du père était assez courante. En revanche, notez bien que Nicolas PREL est serf en 1397. Donc, soit son ascension sociale fut fulgurante entre 1397 et 1405, soit il est une personne distincte de Nicolas DELLIEU.

En fait, il n’est pas difficile de démontrer que tout ce qui est avancé par Charles VOIRIOT est faux. En effet, il n’a même pas pris la peine d’examiner les registres d’impôts de Cour-l’Evêque postérieurs à 1397. Or, en 1400, 1406, 1413, 1417, 1421 et 1423, « Nicolas PREL » y est toujours présent en tant que serf (catégorisé « solvable ») de Monsieur de SAINT-GEORGE, avec Humbert PREL (serf catégorisé « misérable »), peut-être l’un de ses frères.

Nicolas PREL, serf en 1406, ne peut donc être la même personne que Nicolas DELLIEU, écuyer en 1405.


Registre de 1423 (ADCO, B 11569 - Vue 84/351)

Notre auteur poursuit :

« Pierre : Second fils de Pierrelot DARC, né vers 1375, qui était avec son père le 14 septembre 1405 à Paris à la revue passée par le maréchal de Bourgogne, sous le nom de Pierre DEIX, écuyer (avec le seigneur de DEIX, son père, chevalier). Le 19 septembre 1410, on le retrouve à une revue passée à Paris sous le nom déformé de Pierre DAUILLEY. Enfin, le 31 juillet et le 31 août 1417, à Beauvais, aux revues passées, la première par Monsieur de COMINES, la deuxième par le seigneur de CHATEAUVILLAIN, il est cité comme écuyer sous le nom de Pierre DARS. Pierre est donc reconnu noble car écuyer sous le nom DARS et nous pouvons en conclure que la terre de dignité d’ARC est toujours dans le patrimoine de la famille en 1417 puisque nous avons un fils qui en porte le nom. Pierre est qualifié d’écuyer et c’est donc son père (s’il est encore vivant) ou son frère aîné Nicolas qui porte en 1417 le titre de chevalier d’ARC ».

Commentaire :

Je pense avoir suffisamment démontré l’absence totale de fondement, et même l’incohérence, des déductions faites par notre auteur (et son mentor Charles VOIRIOT) sur les montres de 1359, 1405 et 1407.

La revue du comte de Nevers du 19/09/1410 à Paris [ADCO, B12019, f°121] est malheureusement du même acabit. Elle concerne 8 chevaliers et 240 écuyers. Le soi-disant « Pierre DAUILLEY » n’existe pas. En effet, Charles VOIRIOT a mal retranscrit les patronymes. Il a confondu les lettres « U » et « V ». Pour preuve, dans les deux exemples ci-dessous, on voit bien comment sont écrits les « V » pour des patronymes connus (« Jean de CHAVANGES » et « Droin de GEVIGNEY »).


Dans cette revue d’armes, on trouve deux écuyers probablement issus de la même famille : « Jean Pierre DAVILLY » et « Pierre DAVELLY ».


Une famille noble DAVELLY/DAVERLY/DAVILLY/DAVALLY était présente dans la baronnie de Villemaur au 15ème siècle. Elle devait foi et hommage au comte de Nevers : « Jean de VELU, chambellan du comte de Nevers et de Rethel, gouverneur de ses terres de Champagne, fait savoir que Geoffroy D’AVERLY, écuyer, seigneur de Saint-Benoit-sur-Vanne, lui a fait, pour le comte de Nevers, foi et hommage de la terre de Saint Benoit, 1448 » [Inventaire sommaire des Archives Départementales de l’Aube, série E, tome I, 1884].

La revue de Monsieur de COMMINES du 31/07/1417 à Beauvais [ADCO, B12019, f°235] concerne 1 chevalier bachelier, 66 écuyers, 146 hommes de trait à cheval et une trompette. La liste des hommes d’armes met en évidence qu’ils sont clairement originaires du Nord de la France, à l’instar de leur chevalier bachelier, Monsieur Victor de RABEQUE, que nous connaissons déjà pour l’avoir vu dans une montre à Lille en 1390 (il était écuyer à cette époque). Un « Pierre DARS » y est effectivement présent en tant qu’écuyer, probablement issu d’une famille chevaleresque du Nord de la France (voir les paragraphes précédents). Il est à noter aussi la présence d’un « Berthelemin DART ou DARC », écuyer.

La revue de Messire Guillaume seigneur de CHATEAUVILLAIN du 31/08/1417 à Beauvais [ADCO, B12019, f°307] concerne 4 chevaliers bacheliers, 278 écuyers, 45 hommes de trait à cheval et 2 trompettes. Aucun « Pierre DARS » (ou variante) n’y est présent. En revanche, il est à noter la présence d’un « George DAILLIE » et d’un « Huart DAILLIE ».

Notre auteur poursuit :

« Jehan : Troisième fils de Pierrelot DARC. Sous le nom de Jean DARC servit contre les Anglais le 1er octobre 1405, comme arbalétrier à Gravelines, pour la défense de cette ville et du pays de Flandres et d’Artois. En 1436, il prêtait serment d’arpenteur des forêts de France, profession déjà exercée par son père. Après le départ de son frère Jacques (le père adoptif de la Pucelle) de Ceffonds pour Domremy, il administre le bien patrimonial qui lui échoit par la suite ».

Commentaire :

Concernant la montre bourguignonne de Graveline du 01/10/1405, je me bornerai à donner le nom du connétable à la tête de la compagnie, « Staes DAVERHOUT », et de quelques compagnons d'armes de ce « Jean DARC » : « Pasquin de CASSEL », « Porrus WASTEPASTE », « Hanée de VUEKWALLE », « Jean HALLEWART », « Andrieu WAAST », ... Bref, c’est encore clairement une compagnie d’arbalétriers et de piquenaires d’origine nordiste. Cela n’a d’ailleurs rien de surprenant sachant que le vivier des arbalétriers et des piquenaires était principalement puisé dans les villes (milices bourgeoises) et villages locaux.

Passons maintenant à ce Jean DARC, arpenteur, soi-disant frère de Jacques d’ARC. Pour une fois, cette allégation gratuite ne doit pas être attribuée à notre auteur, ni à Charles VOIRIOT, mais à Auguste VALLET de VIRIVILLE, qui a, lui aussi, émis quelques hypothèses originales. Je le cite :

« Nous rencontrons ailleurs Jean DARC, autre homonyme, nommé arpenteur du roi pour ses bois et forêts, en 1436, au moment même où Charles VII venait de reprendre Paris sur les Anglais. Entre J. Darc, drapier à Troyes, qui termina sa carrière vers 1375, et la bonne, riche et ancienne famille de Séfonds, d'origine française, existe-t-il quelque rapport de parenté ? C'est ce qu'il ne nous paraît pas prudent de décider. Mais ce rapprochement nous semble tout à fait digne de remarque. La présomption de parenté et même d'identité se reproduit à l'esprit, sous un aspect beaucoup moins conjectural, entre Jean DARC, frère de Jacques DARC, signalé par Charles du LIS, et Jean DARC, nommé arpenteur du roi par Charles VII, dès sa rentrée dans sa capitale » [Nouvelles recherches sur la famille et sur le nom de Jeanne d'Arc, Paris, 1854].

« La révélation de cet autre parent nommé Jean DARC, frère de Jacques, conserve sa force et son prix ; d’autant que les historiens de la Pucelle ont négligé ce personnage. Or on trouve dans la « Table alphabétique des Mémoriaux de la Chambre des Comptes, Mémorial I, Bourges, p 3 » [Archives Nationales]. Il y est écrit : « 1436. Acte de prestation de serment de Jean DARC, arpenteur du Roi pour les bois et forêts au département de France » [Ile-de-France]. Ce département comprenait la Champagne. La mention qui précède paraît s’appliquer parfaitement au frère de Jacques DARC, oncle de la Pucelle, et ce nouvel emploi est tout à fait en harmonie avec la profession de cultivateur qui était celle de la famille DARC. Ainsi, en 1436, au moment même où il rentrait dans la possession de sa capitale, Charles VII qui, cinq ans auparavant, avait laissé périr sa libératrice avec une indifférence si étrange, accordait à l’un des parents de la victime ce rémoignage empressé de sollicitude. Cette notion, si elle venait à se confirmer et à s’éclaircir dans le sens que j’indique, apporterait, on peut le dire, une lumière nouvelle sur un épisode important de notre histoire » [Charles du Lis, opuscules historiques relatifs à Jeanne Darc dite la Pucelle d’Orlans, par A. Vallet de Viriville, 1856].

Fort heureusement, Auguste VALLET de VIRIVILLE est resté prudent : le lien de parenté n’a pas été érigé en certitude. Il n’est donc pas critiquable. Il n’est, en effet, pas interdit de proposer des nouvelles pistes à explorer, bien au contraire.

Notre auteur poursuit :

« Jacques : père nourricier de la Pucelle. Jacques du LYS était noble comme son père, le chevalier du LYS D’ARC, et son activité ne pouvait, d’après les éléments en notre possession, amener une dérogeance de la noblesse. En effet, le noble pouvait labourer lui-même son bien sans perdre sa qualité. Il ne pouvait exploiter à ferme une terre sauf celle des ducs et princes dont il dépendait… Dans ces conditions, pas de dérogeance pour Jacques qui n’exerçait aucune activité le ramenant à l’état ignoble à l’époque. Sa famille a repris le nom de DU LYS parce que le fief d’ARC ne lui était pas attribué ».

Commentaire :

Je ne commenterai pas ce paragraphe. Le cas de Jacques d’ARC fera l’objet d’un article à part entière.


Enfin, notre auteur termine son article par une synthèse :

« Pour conclure, nous affirmons que la famille DU LYS est devenue DU LYS D’ARC ou D’ARC, et que ce ne sont pas les D’ARC qui sont devenus des DU LYS.

S’ils sont redevenus DU LYS plus tard, ce n’est pas par l’anoblissement de Charles VII (nous avons dit dans un article sur ce site que ces fameuses lettres patentes d’anoblissement n’ont jamais existé) comme le prétendent tous les historiens défenseurs de la légende. En effet, l’anoblissement d’une famille déjà noble est quelque chose de très improbable et ensuite, il faut tout simplement se rappeler que si un noble perd la possession de sa terre de dignité, il perd le droit de porter le nom de cette dernière ».

Les quatre fils descendants de Pierre ne pouvaient pas tous porter le titre de chevalier d’ARC de leur père. C’est l’aîné qui récupère le titre et la terre de dignité et les autres n’en restent pas moins nobles mais sans le titre paternel, c'est-à-dire sans le nom de la terre de dignité d’ARC.

Les enfants du père nourricier de la Pucelle, Jacques, qui était le quatrième dans l’ordre de succession de son père, n’étaient plus titulaires de la terre de dignité d’ARC et ne pouvaient plus utiliser le nom de cette terre mais conservaient leur noblesse et leur nom DU LYS ».


CONCLUSION GENERALE

Je pense avoir suffisamment mis en évidence l’absence flagrante de fondement des allégations avancées par l’auteur et son mentor Charles VOIRIOT. La famille chevaleresque DU LYS n’est, selon moi, que le fruit de leur imagination débordante.

Leur soi-disant démonstration généalogique est totalement dénuée de rigueur et de logique. Elle est basée sur un méli-mélo de variantes patronymiques, « tirées par les cheveux » et « jetées en pâture » au lecteur pour créer artificiellement des liens généalogiques entre des personnes présentes dans des listes issues de quelques documents d’archives des 14ème et 15ème siècles (registres bourguignons de revues d’armes et d’impositions).

La démarche généalogique rigoureuse consiste classiquement à réunir un maximum d’informations, indices et/ou preuves puis, sur la base de l’ensemble de ces éléments, à établir, si possible, une généalogie cohérente, MAIS CE N'EST EN AUCUN CAS d’établir arbitrairement une généalogie puis de rechercher des éléments épars permettant de la nourrir.

De plus, les complotistes ont la mauvaise habitude de présenter uniquement les éléments qui vont dans le sens de leur conclusion préalablement établie, en omettant (ou en cachant volontairement) tous les indices et preuves qui la discrédite.

Je suis tellement sidéré par l’absence de rigueur de la part de Charles VOIRIOT que je le soupçonne d’avoir été de mauvaise foi pour arriver à ses fins : trouver « coûte que coûte » une ascendance DU LYS chevaleresque à Jacques d’ARC pour créer le « buzz ».

Notre auteur, pour sa part, est indiscutablement un disciple de Charles VOIRIOT. Il en a repris le travail bâclé, sans aucune vérification préalable (et sans le citer…), et y a ajouté sa petite touche personnelle, tout aussi infondée (une bachelerie fantasmagorique, des armoiries insensées, etc.).

Je laisse au lecteur le soin de se forger sa propre opinion… Pour ce qui me concerne, on ne peut me reprocher de ne pas partager mes sources…

Je termine cet article par un précepte qui me semble fondamental : la généalogie n’est pas une science mais elle repose tout de même sur des bases méthodologiques rigoureuses ; seules des preuves (ou des faisceaux d’indices solides) peuvent permettre d’établir des liens généalogiques entre des personnages présents dans divers documents d’archives.

Dans mon prochain article, je poursuivrai mon analyse critique, toujours du même article, mais cette fois-ci, pour ce qui concerne les armoiries D’ARC.