Mr de PANGE écrivait, dans l'Annuaire-bulletin de la Société de l'histoire de France, 1903, page 271 :
"Il est aujourd'hui démontré que le village de Greux ne fit jamais partie de la Champagne comtale et qu'il ne suivit aucunement, aux XIVe et XVe siècles, le sort de la châtellenie de Vaucouleurs. On avait formulé à ce sujet des allégations qui ne reposaient sur aucune preuve, et que contredisent formellement les textes les plus précis. En 1343, Greux faisait encore partie de la châtellenie de Brixey, domaine régalien des évêques de Toul. Cependant, jusqu'ici, les documents, quelque probants qu'ils fussent, ne suffisaient pas à déterminer autrement qu'entre 1343 et 1423 l'annexion au royaume des quelques maisons dont se composait le village de Greux (1). Entre ces deux dates, un espace de quatre-vingts ans restait encore obscur.
Un extrait du contrôle original de la prévôté de Gondrecourt vient heureusement restreindre de plus de moitié la période où dut se placer l'annexion au royaume. En 1388 (n.st.), Greux était encore du temporel de l'évêché de Toul. Le registre B1426 des archives de la Meuse donne en effet, au folio 7, une énumération de ce que doivent au duc de Bar certains villages du temporel de l'évêché de Toul pour la garde qu'ils paient à ce prince. Le titre de l'article est : « Wardez de l'éveschié de Toul », et, parmi les villages compris sous cette rubrique, se trouve celui qui nous intéresse: « La garde de Greux, chascunz conduz entiers, doit de garde a monsignour 1 gros chascun an au terme de la Saint-Remy, li femme vesve demi-gros, qui monte et avalle comme dessus (selonc ce qu'il y a de gent), et puet valoir par an sept gros (2) ».
De ce précieux extrait on peut tirer deux conclusions :
- En 1388 (n.st.), Greux était encore du temporel de l'évêché de Toul.
- Le nombre d'habitants était très peu considérable, puisque la somme due ne montait qu'à sept gros, ce qui donne environ sept feux.
A ces deux faits, qui sont désormais acquis, on peut ajouter une hypothèse assez vraisemblable, à savoir que, le village de Greux étant, pour les évêques de Toul, de très mince importance comme population imposable, et offrant au contraire, pour le roi, le très grand avantage d'un poste avancé commandant la vallée de la Meuse, vers Vaucouleurs, sur la grande voie romaine de Langres, ces deux considérations ont pu déterminer, entre les années 1388 et 1423, l'annexion au royaume. Quoi qu'il en soit, sur ce point comme sur les autres, les assertions fantaisistes qui constituaient les bases de la thèse champenoise tombent devant la concordance (3) décisive des documents.
Comte M. DE PANGE".


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