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GENEALOGIE DESCENDANTE DE LA FAMILLE DE JEANNE D'ARC : MA VERSION

samedi 4 avril 2026

Le signet de Jacques d'ARC

Dans mes précédents articles (Jean du LYS ou DAILLY, soi-disant grand-père de Jacques d’ARC et Pierre du LYS d'ARC, soi-disant père de Jacques d’ARC), j’ai montré que la prétendue famille chevaleresque DU LYS, présentée par le site Jeannedomremy.fr comme ancêtre de Jacques D’ARC (père de la Pucelle), repose essentiellement sur une construction intellectuelle élaborée par l’auteur de l’article «La famille des chevaliers du LYS : l’origine des "d’ARC", les DAILLY». Cette hypothèse reprend en grande partie les thèses de Charles VOIRIOT (De l’ascendance paternelle au lieu natal de Jeanne d’Arc, 1954).

Cet article accumule de nombreuses affirmations dépourvues de sources précises. Il m’a donc semblé utile d’en poursuivre l’analyse critique. Le présent article se concentre sur les arguments héraldiques avancés pour tenter d’attribuer à la famille D'ARC une origine chevaleresque.

Les affirmations non sourcées concernant les « DU LYS »

L’auteur affirme notamment que Jean DAILLY aurait été un chevalier lorrain et que son fils Pierre, installé près d’Arc-en-Barrois, aurait créé un blason composé d’un arc symbolisant son nouveau fief, auquel il aurait ajouté un lion de gueules passant représentant ses armes familiales.

Aucune source n’est citée pour étayer cette construction.

Pour ma part, je n’ai trouvé aucune famille DU LYS portant un lion de gueules passant dans les ouvrages ou archives sigillographiques dont je dispose pourtant en nombre. L’hypothèse avancée relève donc d’une reconstruction purement spéculative.

L’auteur affirme également :

« Il est inexact de représenter les armes des DU LYS D’ARC sous la seule forme héraldique d’un arc. La famille du DU LYS D’ARC possédait ainsi les armes suivantes : « d’azur à l’arc posé en fasce, chargé de trois flèches entrecroisées, les pointes férues, deux d’or ferrées et plumetées d’argent, la troisième ferrée et plumeté d’or. En chef, d’argent au lion passant de gueules ».

Une analyse attentive des sources connues montre cependant que cette affirmation est erronée.

Les véritables sources sur les armes d’Arc

La première source connue décrivant ces armes apparaît dans les lettres patentes de Louis XIII du 25 octobre 1612, accordées à Charles et Luc DU LYS, descendants de la famille de Jeanne D’ARC. Ces lettres autorisaient les intéressés à joindre les armes DU LYS à celles de la famille D’ARC.


Armoiries de Charles du LYS

Le texte indique que les anciennes armes de la famille D’ARC étaient : « d’azur à l’arc d’or mis en fasce chargé de trois flèches entrecroisées (…) et le chef d’argent au lion passant de gueules ».

Si l’on se limitait à ce document, on pourrait croire que le chef au lion faisait partie des armes primitives de la famille.

Cependant, d’autres sources apportent des précisions importantes.

Le signet familial des D’ARC

Dans ses écrits publiés en 1612, Charles DU LYS affirme que le chef au lion passant fut ajouté ultérieurement par son bisaïeul Jean DU LYS.

Selon lui, les armes primitives de la famille D’ARC consistaient simplement en : un arc chargé de trois flèches.

Cette précision est essentielle. Elle suggère que le lion ne faisait pas partie du symbole familial originel.

Charles DU LYS précise également que son ancêtre avait ajouté un timbre d’écuyer à ces armes. Cette remarque laisse entendre qu’il ne considérait pas le signe utilisé par les ancêtres D’ARC comme un véritable blason nobiliaire.

Cette observation rejoint celle de l’historien O’Reilly [Les deux Procès de Jeanne d'Arc, T. 1er, p. 395. 2 vol. in-8°. Paris, Plon, 1868] :

« En France, au XVe siècle, dit-il, les personnes non nobles se servaient, pour leurs signets ou sceaux, de marques ou de signes personnels et distincts qui se figuraient comme des armoiries, avec cette seule différence que ce qui était le caractère essentiel du blason, c'est-à-dire le timbre ou heaume, y manquait. Or, sur leur signet ou sceau, les ancêtres de Jeanne D'ARC avaient placé un arc bandé de trois flèches ».

Elle est, en outre, appuyée par un autre témoignage, plus récent, mais néanmoins intéressant [Les cahiers hauts-marnais] :

« M. Pierre CHRISTIAN, lors de la commémoration de 1956 à Arc-en-Barrois, avait déclaré que des pierres tombales D’ARC existaient dans la chapelle de la Vierge de l’église de Domrémy, avant le retournement de celle-ci en 1820 et qu’elles portaient un signe ou signet familial, un petit arc armé de 3 flèches ».

Dans ce contexte, l’arc chargé de flèches pourrait correspondre à un simple signet familial, utilisé par la famille D’ARC sans impliquer nécessairement une noblesse.

Par ailleurs, il pourrait également s’agir d’un signe parlant, dérivé du nom « D’ARC ». De nombreux sceaux roturiers médiévaux représentaient en effet un objet évoquant directement le nom de leur porteur.

La généalogie de 1524 et la mémoire familiale

Plusieurs auteurs mentionnent l’existence d’une généalogie dressée en 1524 par Claude et Didier DU LYS [en fait, THIERRIET dits DU LYS, voir leur situation dans la généalogie présentée dans https://arcdulys.genealovies.com/descendance-darc-du-lys], parents de la famille de Jeanne D’ARC.

Cette généalogie aurait été élaborée à la demande de Thibaut LAXART, cousin de la Pucelle, ce qui est confirmé par les propos de Charles DU LYS raconte dans son ouvrage de 1628 :

« La sœur de la mère de la Pucelle, nommée Aveline, espouse de Jean de VOYSEUL, duquel elle, eut un fils nommé Domange de VOYSEUL, appellé le vieux Voyseul, demeurante Burey-en-Vaux, près Vaucouleurs ; et une fille Jeanne de VOYSEUL, qui espousa Durant LASSOIS, demeurant dudit Burey, qui eut un fils Thibault LASSOIS, surnommé LE NOBLE, pource que par sentence du bailly de Chaumont, du 27 janvier 1525, il fut déclaré tel, comme cousin remué de germain de ladite Pucelle ».

Des copies de cette généalogie auraient circulé au XVIe siècle. François DARBAMONT et A.F.F. HUIN affirment s’être appuyés sur ce document. Ils indiquent notamment que cette généalogie attribuait aux ancêtres D’ARC les armes suivantes : un arc chargé de trois flèches. Ils évoquent également une tradition selon laquelle les ancêtres de Jacques D’ARC auraient appartenu à une petite noblesse ancienne.

Malheureusement, cette généalogie et la sentence balliagière associée ne sont pas parvenues jusqu’à nous.

En l’absence du document original, ces informations doivent naturellement être accueillies avec prudence. Elles reposent sur des témoignages indirects et peuvent refléter une tradition familiale embellie.

Toutefois, elles ne peuvent être écartées d’un simple revers de main. Cette généalogie aurait été rédigée moins d’un siècle après la mort de Jeanne D’ARC, par des membres relativement proches de sa parenté. Elle constitue donc au minimum un témoignage sur la mémoire familiale existant au début du XVIe siècle.

Les mentions héraldiques comparables

Plusieurs auteurs signalent l’existence d’armoiries similaires portées par des familles portant le nom D’ARC en Franche-Comté ou en Bourgogne.

Henry PASSIER, dans son « Dictionnaire de la noblesse de Franche-Comté de Bourgogne » [Revue nobiliaire, héraldique et biographique, volume 6, p. 456], cite un Hugues d’ARC, époux, en 1292, d’une demoiselle de PESMES (famille noble de Franche-Comté) avec les armoiries suivantes : « D’azur à un arc d’or, chargé de 3 flèches, celle en pal encochée d’argent et empennée d’or, et les 2 autres en sautoir empennées d’argent ».

Alfred GARNIER, dans sa « Galerie héraldico-historique des recteurs de l’université du Comté de Bourgogne (1424-1616) » [Rivista del Collegio araldico, volume 11, p. 548] cite un Renaud d’ARC qui porte, en 1451, « d’azur à un arc d’or, chargé de 3 flèches d’argent, empennées du second, celle du milieu, encochée, les 2 autres brisées en sautoir ». Il ajoute :

« Renaud d’ARC, nommé de nouveau recteur l’année suivante (1er semestre), fut reçu docteur en lois. En 1457, il obtint le poste privilégié de gouverneur du château de Joux. La maison d’ARC, originaire d’Arc-sous-Cicon (bailliage de Pontarlier) ne subsista pas au-delà du XVème siècle. Deux de ses membres exercèrent les plus hautes fonctions aux bailliages du Comté : Jean d’ARC, qui devint bailli général en 1298, et Hugues d’ARC, qui fut bailli d’Amont de 1332 à 1336. Alliances : Mugans, Rupt, etc. Notons que, d’après le vicomte de POLI, cette famille D’ARC serait de la même souche que la famille champenoise d’où est sortie Jeanne d’ARC. Mais, bien entendu, on ne peut lui attribuer les armes données à la bienheureuse par Charles VII »

Mr DUNOD, dans son « Histoire de l’Université du Comté de Bourgogne » (p. 131) précise :

« Renaud d’ARC est qualifié dans les actes de chevalier en armes et docteur ès-lois ; il signa avec ces 2 qualités, en l’année 1457, une quittance de ses gages déposée à la Chambre des Comptes. A cette dernière époque, il était gouverneur du château de Joux en 1457 ».

Pour information, le comté de Bourgogne est ce qui deviendra la Franche-Comté et l’université dont on parle ici était située à Dôle.

L’érudit haut-marnais, le baron de LHORME, a ajouté, dans sa généalogie sur la famille d’ARC, sans plus de détails, une Philiberte d’ARC, religieuse à Belmont de 1731 à 1739. D’après lui, cette cistercienne portait : « D’azur à un arc d’or chargé de 3 flèches d’argent en pal, au chef cousu de gueules chargé de 3 étoiles d’or ».

Blason de Philiberte D'ARC

Il est à noter aussi que, dans les dossiers bleus des archives nationales (f°19), la généalogie d’une famille DARC franc-comtoise est indiquée :


Généalogie des DARC de Franche-Comté

Des descendants de cette famille, localisés à Ornans, les MERCIER, furent autorisés, par décret impérial de 1854, à ajouter à leur nom patronymique celui de DARC, et à s’appeler MERCIER-DARC. Ils prétendaient descendre de Jacquemin DARC, frère aîné de Jeanne d’ARC.

Enfin, pour terminer, un Perreau D’ARC était présent à une revue d’armes le 30 juin 1359, aux côtés de Richard D’AUBONNE et de Guyot d’USIE, écuyers. Ce Perreau D’ARC était très probablement originaire d’Arc-sous-Cicon (voir mon article : Pierredu LYS d'ARC, soi-disant père de Jacques d’ARC).

Toutes ces indications restent fragmentaires et nécessitent des vérifications approfondies. Elles montrent néanmoins que des armes comportant un arc et des flèches semblaient utilisées par plusieurs familles portant le nom D’ARC.

Le problème des lettres d’anoblissement de 1429

Certains historiens estiment cependant que Jacques D’ARC ne pouvait être issu d’une famille de petite noblesse, même très ancienne.

Les lettres d’anoblissement accordées par Charles VII précisent en effet que la famille devient noble :

« nonobstant qu’ils ne soient pas issus (…) d’une noble extraction et qu’ils soient peut-être d’autre condition que de condition libre ».

Comme l’a souligné l’historien Olivier BOUZY, cette précision est inhabituelle car les actes d’anoblissement insistent généralement sur le fait que le bénéficiaire est de condition libre.

Ces lettres indiquent clairement que la famille D’ARC n’était pas reconnue comme noble au moment de l’anoblissement.

Il convient toutefois de rappeler qu’elles visaient non seulement le noyau familial de Jeanne, mais toute sa parentèle : « totam suam parentelam et lignagium ».

Dans un tel contexte, la clause mentionnant une possible « autre condition que libre » peut également être comprise comme une formule englobante, destinée à couvrir l’ensemble des membres du lignage.

Par ailleurs, si une éventuelle noblesse ancienne avait disparu depuis longtemps et ne pouvait plus être établie par aucun titre ni aucune preuve généalogique, un anoblissement formel pouvait constituer la solution juridique la plus simple. Une réhabilitation aurait supposé l’existence de preuves que la famille D’ARC ne possédait probablement plus.

Conclusion

Les sources disponibles indiquent clairement que la famille de Jacques D’ARC était considérée comme roturière au moment de l’anoblissement de 1429.

Cependant, plusieurs traditions généalogiques anciennes évoquent l’existence d’ancêtres appartenant à une petite noblesse plus ancienne et attribuent à la famille un signe représentant un arc chargé de trois flèches.

Ces traditions ne constituent pas une preuve historique. Elles témoignent néanmoins de la mémoire familiale existant au XVIe siècle et ne peuvent être totalement ignorées.

En l’état actuel des sources, il est donc raisonnable de considérer que la famille de Jacques D’ARC était roturière au XVe siècle, tout en reconnaissant que l’existence d’ancêtres très anciens issus d’une petite noblesse tombée dans l’oubli ne peut être absolument exclue.

Dans un prochain article, je continuerai mon analyse critique, toujours sur même article, mais cette fois-ci, du point de vue du statut social de Jacques D'ARC.

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